27 mai 1943 : première réunion du Conseil national de la Résistance

Ce jeudi 27 mai 1943, il y a tout juste soixante-quinze ans, une vingtaine d’hommes se retrouvent au premier étage du 48, rue du Four à Paris, dans le 6e arrondissement, à quelques centaines de mètres des églises Saint-Sulpice et Saint-Germain-des-Prés. Tous se rejoignent dans l’appartement de René Corbin (1888-1948), ancien membre du cabinet de Pierre Cot (1895-1977), ministre de l’Air, puis du Commerce, sous le Front populaire. La réunion est conduite par Jean Moulin (1899-1943), alias « Rex », « Max », « Alix », lui aussi ancien membre du cabinet de Pierre Cot. Dans la France occupée, ils savent qu’ils prennent un risque considérable, car beaucoup d’entre eux sont recherchés pour « actes de terrorisme, de sabotage, assassinat… ». Cette vingtaine d’hommes représentent les principaux mouvements de résistance (Combat, Libération, Organisation civile et militaire…), deux syndicats (CFTC et CGT) et les partis politiques d’avant-guerre (SFIO, PCF, Fédération républicaine…).

Ce sont Robert Chambeiron, alias « Champion », Daniel Cordier « Alain », et Pierre Meunier « Morlaix » qui sont allés chercher les participants aux différentes stations de métro pour les conduire devant la porte d’entrée de l’immeuble, sans leur annoncer le numéro de la rue. Ils ne révèlent l’étage qu’au tout dernier moment.

Cette première réunion du Conseil national de la Résistance (CNR) le 27 mai aurait dû avoir lieu plus tôt. Mais, comme l’indique le compte rendu1, Jean Moulin l’a décalée « en raison du représentant indisponible de la Fédération républicaine ». Si cette séance rue du Four a pour dessein d’organiser l’union de la Résistance sur le territoire national, elle a également pour objectif de « consacrer la légitimité républicaine du général », comme le rapporte Daniel Cordier2. Pour lui, « c’est la première réunion d’une assemblée représentative de la France résistante », la première depuis la dissolution de facto du Parlement le 10 juillet 1940.

Plus concrètement, le CNR adopte une charte sur le rétablissement du « gouvernement de la France » sous la présidence du général de Gaulle. Il se prononce aussi en faveur d’un accord entre le général de Gaulle et le général Giraud. Il rappelle aussi les objectifs de la France combattante : « 1) Faire la guerre ; 2) Rendre la parole au peuple français ; 3) Rétablir les libertés républicaines dans un État où la justice sociale ne sera point exclue et qui aura le sens de la grandeur ; 4) Travailler avec les Alliés à l’établissement d’une collaboration internationale réelle, sur le plan économique et spirituel, dans un monde où la France aura retrouvé son prestige. » Cette réunion, qui se tient dans « une atmosphère d’union patriotique et de dignité », rappelle Moulin dans une lettre qu’il adresse à de Gaulle, pose les fondements d’un nouvel État. Le CNR n’a pas eu d’autre équivalent dans les pays occupés par le IIIe Reich. Il a joué un rôle déterminant au cours de la Libération, notamment en évitant que ne survienne une longue et pénible guerre civile, inhérente ou presque à chaque fin de conflit.

1 Rapport de Jean Moulin « Rex » à André Philip, 4 juin 1943, Archives nationales, F1a3738, dossier Rex)
2 Daniel Cordier, Alias Caracalla, Gallimard, coll. « Témoins », 2009,

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