Cinéma

Alain Delon, une lumière qui brille encore

 

« Il s’est construit sans modèle. Entre faiblesse et force. » Ainsi débute l’éditorial de Ghislain Loustalot, dans le hors-série de Paris Match consacré à un titan du cinéma français, Alain Delon. Un hors-série qui rend à César – dont il a joué le rôle avec beaucoup d’autodérision dans une déclinaison cinématographique des aventures d’Astérix – ce qui est à César. Et qu’il me soit permis de plaindre – ou d’envier – ceux qui n’ont pas encore vu des films comme Le Cercle rouge, de Jean-Pierre Melville, ou Monsieur Klein, de Joseph Losey. Là s’exprime la géniale économie de jeu d’un Alain Delon au sommet de son art.

Évidemment, l’intéressé étant politiquement très incorrect, ce qui a retenu l’attention des médias français, c’est une infime partie du contenu de l’entretien accordé à Valérie Trierweiler : « Je hais cette époque, je la vomis. Il y a ces êtres que je hais. Tout est faux, tout est faussé. » Et cette phrase lapidaire : « Je sais que je quitterai ce monde sans regrets. » Peut-on lui tenir rigueur de ce dégoût au regard de ce que devient la France ?

Pourtant, il y avait bien autre chose à retirer de cet entretien, comme cet aveu rendant grâce au beau sexe : « Au fond, rien ne s’est fait par moi mais par les femmes. » On aurait aussi pu entendre la détresse d’un enfant abandonné par ses parents : « Il y a des vides qui ne se combleront jamais. »

Certes, Alain Delon se félicite de son parcours, tandis qu’il partait sous de malheureux auspices. Cependant, il ne faut pas y voir la vanité qu’on lui prête souvent à tort, mais plutôt un étonnement d’enfant : « Tout cela est extraordinaire et miraculeux. »
Et, tandis qu’il s’est détaché de Dieu, sa déclaration d’amour à la Vierge Marie – encore une femme ! – est particulièrement touchante : « Elle m’apporte un soulagement, elle m’apporte une compagnie que je n’ai pas, elle est toujours là. Elle m’écoute et me réconforte. »

Parce qu’Alain Delon, solitaire par nature et par la force des choses de la vie – titre d’un merveilleux film de Claude Sautet où s’exprimait la mélancolie de son premier grand amour, Romy Schneider –, vieillit en regardant partir ses modèles, ses amis, ses amours, il se livre avec une sincérité touchante, qu’on décèle dans cette phrase, jetée comme une bouteille à la mer par un homme qui a mieux servi la France que ces donneurs de leçons qui l’ont si souvent conspué : « Je pourrais épouser une femme si elle était prête à m’accompagner jusqu’à la fin. »

« Et puis l’image, elle a pris un coup de vieux, non ? », avance-t-il encore malicieusement. Force est de lui répondre que non, parce que son image est signifiante, qu’elle porte en elle un destin authentique. Et ce sont les destins qui ont fait la France.

Mais les destins recèlent souvent en eux une blessure profonde. Pour Alain Delon, ce fut celle-ci : « Je n’avais que quatre ans quand j’ai compris qu’on pouvait être abandonné par ceux que l’on aime le plus. »

En attendant, merci, Monsieur, pour tout ce que vous nous avez donné.

POUR ALLER PLUS LOIN