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Aquarius : 80 % des Italiens soutiennent leur gouvernement. Et ce ne sont pas des salauds !

Ecrivain, musicienne, plasticienne
 

La démocratie, dit le dictionnaire, est une « forme de gouvernement dans laquelle la souveraineté appartient au peuple ».

Il paraît que nous, États occidentaux, sommes de grandes démocraties. La France tout particulièrement qui, eu égard à son passé révolutionnaire et régicide, prétend en remontrer au monde. Raison pour laquelle, sans doute, elle a nourri dans son sein tant de dictateurs en herbe, pourquoi ses brillants intellectuels n’ont jamais renié leur passé maoïste ou bien qu’un Mélenchon porte encore aux nues les Castro, Chávez et autres Maduro.

Question : sommes-nous les démocrates que nous prétendons être ?

Réponse par la polémique qui a agité l’Europe tandis qu’un navire baptisé Aquarius errait en Méditerranée à la recherche d’un port où décharger sa cargaison de 629 migrants. Les femmes et les enfants d’abord. Conséquence : la « tension diplomatique » est à son comble entre la France et l’Italie, notre Président s’étant offert le luxe de critiquer le nouveau chef du gouvernement italien pour son refus de recueillir toutes ces bouches affamées.

« Manque d’humanité », a dit Macron. « Faux-cul », lui a répondu Giuseppe Conte. Et Matteo Salvini (le patron de la Ligue, devenu ministre de l’Intérieur) de rappeler, devant le Sénat italien, la promesse d’Emmanuel Macron d’accueillir plus de 9.000 migrants arrivés ces dernières années en Italie mais qui, in fine, n’en a pris que 640. Il serait temps de « passer de la parole aux actes et à donner un signal de générosité » plutôt que des leçons de morale à une Italie transformée en « jetée » où viennent s’amarrer tous les radeaux de La Méduse.

L’Italie a accueilli plus de 14.000 migrants depuis début janvier, plus de 700.000 ces dernières années. Elle vient de recevoir le soutien de l’ONU : « Je pense que l’Italie a raison de dire qu’ils ne peuvent pas tous venir chez elle », a dit le haut-commissaire pour les réfugiés. Et de rappeler qu’en 2015, les autres pays de l’Union européenne étaient convenus de se répartir 160.000 réfugiés mais qu’à ce jour, 30.000 migrants seulement ont trouvé un pays d’accueil.

On nous dit que, selon les chiffres d’un sondage réalisé jeudi en Italie, 80 % des personnes interrogées soutiennent l’attitude de leur nouveau gouvernement. Dans le détail, 30 % des Italiens « voudraient que tous les migrants soient rejetés » et 50 % « souhaiteraient que l’accueil de migrants se fasse de manière partielle et surtout après une évaluation beaucoup plus ciblée et prudente que l’actuelle ».

Et en France ? Macron ne se risquera pas à poser la question, les résultats des dernières élections lui ayant en grande partie apporté la réponse. D’où le fait qu’en chat échaudé qui craint l’eau froide, il se soit bien gardé de proposer l’asile aux naufragés de l’Aquarius.

D’où je repose ma question : sommes-nous les démocrates que nous prétendons être ?

Depuis soixante-dix ans, on ressert cette phrase empruntée à Churchill : « La démocratie est le pire des systèmes, à l’exclusion de tous les autres. » Chacun en use et les politiques en abusent, jusqu’à Manuel Valls pendant la campagne des primaires… À cette occasion, justement, sur le site Slate.fr, Jean-Marie Pottier remettait ces mots à leur place.

Voici ce que Winston Churchill a dit exactement : « Beaucoup de formes de gouvernement ont été testées, et seront testées dans ce monde de péché et de malheur. Personne ne prétend que la démocratie est parfaite ou omnisciente. En effet, on a pu dire qu’elle était la pire forme de gouvernement à l’exception de toutes celles qui ont été essayées au fil du temps ; mais il existe le sentiment, largement partagé dans notre pays, que le peuple doit être souverain, souverain de façon continue, et que l’opinion publique, exprimée par tous les moyens constitutionnels, devrait façonner, guider et contrôler les actions de ministres qui en sont les serviteurs et non les maîtres. » Rien à ajouter.

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