Economie - Editoriaux - Industrie - 29 mars 2018

Assurance-vie : veut-on une nouvelle fois spolier les classes moyennes ?

Les classes moyennes, effrayées par M. Mélenchon et Mme Le Pen, ont voté massivement pour M. Macron. Mais ce dernier semble les détester et ne cesse de mettre en avant diverses manières de les spolier.

Après avoir essayé d’imposer en vain la fin du quotient familial, M. Macron s’intéresse aux 1.600 milliards de l’assurance-vie et son ministre M. Le Maire prépare des mesures pour détourner les Français des fonds euros et les obliger à se tourner vers des unités de compte risquées qui financeront l’industrie grâce à la Bourse. Dans le schéma proposé, les entreprises recueilleront des fonds par des émissions d’actions, sommes qu’elles ne rembourseront pas – contrairement aux emprunts -, ce qui boostera leur rendement.

Économiquement, l’idée est sensée.

L’ennui est que celui qui acceptera cette réorientation de son épargne perdra une partie considérable de sa mise. Si un capital placé en Bourse lors de la fondation du CAC 40 en 1988 a, depuis, augmenté de 3,6 % hors inflation (pas mal, mais pas mieux que les SCPI !), le CAC 40 était déjà au niveau actuel de 5.000 points, en janvier 2000. Si vous y avez placé 10.000 euros en janvier 2000 sans jamais plus y toucher, vous n’avez plus, en euros constants, que 7.674 € ! Une perte considérable et qui va sans doute s’amplifier, car il y aura un krach d’au moins 25 % en 2018, en 2019 ou en 2020. En 2000 et 2018, le CAC 40 a joué aux montagnes russes : il a touché un sommet de 6.950 points en septembre 2000, avant de redescendre à 2.900 en 2003 et en 2009, avec un pic intermédiaire, entre ces deux baisses, de 6.000 points.

Mais, en fait, les pertes des particuliers sont pires que celles que je viens d’annoncer : avec l’assurance-vie, ils doivent passer par l’intermédiaire des banques. Celles-ci ont plusieurs SICAV, dont seules quelques-unes sont réservées à leurs clients les plus riches. Pour attirer ces derniers, les établissements bancaires « tricheraient ». Ils « s’arrangeraient » pour que les SICAV des plus fortunés aient toujours des gains en faisant systématiquement racheter leurs actions baissières par leurs SICAV lambda. Si bien que, lorsque le CAC 40 gagne 4 % en 2016, votre conseiller vous expliquera que l’année a été difficile et que vos placements ont perdu 5 % en valeur (authentique !). Les entreprises délivrent des dividendes en moyenne de 3 %, mais les banques les perçoivent à votre place en prélevant justement 3 % de frais de fonctionnement !

Aucun père de famille soucieux de l’avenir des siens n’investira donc son assurance-vie en fonds actions. Tous préféreront les fonds euros (garantis, eux), même s’ils ne rapportent plus que 1,8 % par an pour une inflation de 1,3 % (ce taux baissera en 2018 avant de remonter en 2019). M. Le Maire prépare de mauvais coups contre les fonds euros (et, donc, contre les classes moyennes). Il songe à diminuer la protection qu’ils offrent et à moduler la rentabilité suivant les années de détention. Et si cela ne marche pas, qui sait s’il n’interdira pas à une assurance-vie d’être investie à 100 % en fonds euros ?

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