Immigration & Diversité

« Aux deux morues » : bel exemple d’intégration qu’on voudrait voir plus souvent !

Ancien chef d'entreprise
 

À la France multiculturelle, je préfère la France « multiculinaire » dont les restaurateurs pleins de courage, venus d’autres contrées, nous régalent de plats inhabituels.

Une bien belle histoire, en effet, que ce restaurant monté par une mère et sa fille.

Dans le courant des années 60, monsieur Oliveira quitte son Portugal natal pour la France. Hors de question pour lui, arrivé en France, de compter sur des aides ici et là, ni de passer son temps à regarder les mouches voler. Monsieur Oliveira a sa fierté : dare-dare, il se retrousse les manches et se retrouve ouvrier dans le bâtiment, en région parisienne, à travailler dur sur les chantiers.

Les années passent. Grâce, certainement, à un petit pécule mis de côté, il estime à présent temps de faire venir femme et enfants. En 1967, Isabelle, sa mère et son frère font leur baluchon et rejoignent leur mari et père. Mais madame Oliveira, en bonne Portugaise que le travail ne rebute pas non plus, ne compte pas se tourner les pouces et bientôt trouve un boulot dans la restauration, à Saint-Brévin.

D’autres années s’écoulent, dans le calme du travail. Les marmots grandissent et l’idée d’ouvrir ensemble un restaurant germe. Alors, il y a trois ans, mère et fille sautent le pas : c’est qu’on n’est pas du genre à rester les bras ballants, chez les Oliveira ! Travailler pour un patron quand on n’avait pas le choix, c’est bien, se mettre à son compte quand cela devient possible, c’est mieux !

Mais le plus fort, c’est qu’en plus du courage qui les caractérise, Isabelle et sa mère, de l’humour plein leur tablier, aiment faire rire. Vous ne devinerez jamais comment elles ont baptisé leur bébé : Aux deux morues !

Aux deux morues, au centre de Nantes, on déguste donc, comme il se doit quand on a à cœur de faire découvrir les plats de son pays d’origine, de la morue mais aussi du bœuf ou du cassoulet façon portugaise, à table quand il en reste une, ou à la bonne franquette, au comptoir. La petite brasserie ne connaît pas la crise!

Ça change aussi de ces restaurants « boboïsés », qui se ressemblent tous avec leur mobilier partout uniformisé, sans parler de leur ambiance façon étudiants attardés. Car ici, pas de chichis pas de « gna-gna » : ce sont les gens de la vraie vie qui viennent se taper le gueuleton et tailler la bavette autour d’un verre : ouvriers, portugais ou non, et les autres, tous en raffolent !

Il faut dire que tout est fait maison avec des ingrédients, dans la mesure du possible, locaux : la famille, en plus, est écolo. Mais aussi ouverte sur le monde : quoi de plus logique que de servir du vin et de la morue portugais dans un restaurant portugais ?

Et le décor ! Ah, il vaut le détour avec ses photos de là-bas et ses carreaux muraux, bleus, typiques du pays : qui a dit que les Français n’aimaient pas se sentir, chez eux, dépaysés ? Mieux : son chapelet à la main, Notre-Dame de Fatima veille sur les convives et… ça ne dérange personne. Non mais vraiment, d’une réussite pareille, nos nouveaux arrivants devraient prendre de la graine…

Des morues comme ça, on veut bien en importer par bancs entiers !

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