Cinéma

Black Panther : un super-héros africain

Écrivain
 

Les studios Marvel ont sorti, dernièrement, le premier film hollywoodien avec un super-héros africain, Black Panther, roi d’un pays imaginaire, le Wakanda. Et c’est un vrai succès, surtout aux États-Unis dans les communautés afro-américaines qui ont enfin leur super-héros. Michelle Obama a même renchéri : ce personnage de comics (ou de bande dessinée, pour ceux qui ignoreraient ce que peut être un comics), mis en scène dans une production cinématographique au budget pharaonique, est un espoir pour les jeunes Noirs américains qui pourront trouver « le courage d’être les héros de leurs propres histoires ».

De fait, les réalisateurs n’ont pas lésiné sur les effets spéciaux (le Wakanda est un pays à la pointe de la technologie), mais il y a aussi une vraie mise en scène des cultures et des traditions africaines dans un afropolitanisme 1 qui ancre le film dans la réalité du continent. On retrouve d’abord la langue xhosa, une des onze langues officielles d’Afrique du Sud, que les acteurs ont apprise pour le film. Les coiffures, les bijoux et les costumes rappellent le Congo, le peuple maasaï et l’Afrique du Sud. On retrouve la première armée entièrement féminine, les amazones du Dahomey (actuel Bénin) qui composent la garde rapprochée du roi. Black Panther (le léopard, en français) porte d’ailleurs le nom de l’animal le plus emblématique de l’Afrique, symbole de la caste royale par sa férocité et son agilité. En un mot, le Wakanda, pays de fiction, riche et ultra-développé technologiquement, est un concentré de toute l’Afrique noire où chaque Afro-Américain peut trouver sa propre histoire, se la réapproprier et avancer dans la vie, si l’on en croit madame Obama.

Voilà qui est intéressant ; on donc peut faire un film crédible sur l’Afrique avec des acteurs ad hoc. Ce mélange culturel rend Black Panther tout à fait crédible, alors que c’est une fiction. Et ce film, visiblement, satisfait tout le monde : un super-héros noir, imaginé par un scénariste blanc, réécrit et filmé par un réalisateur noir avec des producteurs blancs, joué par des acteurs noirs. Et monsieur Sarkozy qui croyait que « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire » »… Voilà qui vient confirmer ce que je disais dans un article précédent. Et il suffit de voir le succès du film dans les communautés afro-américaines ; leur enthousiasme est d’ailleurs contagieux car, en Europe aussi, le film marche bien. Tous ont, a priori, trouvé un héros et des personnages qui leur ressemblent et à qui ils peuvent s’identifier. Ce qui apparaît plus difficile avec Lancelot, Achille ou Marguerite d’Anjou dans des scénarios où la malhonnêteté historique côtoie la mauvaise foi la plus politiquement correcte.

Black Panther apparaît donc comme une bonne surprise propre à réconcilier pas mal de gens, surtout aux États-Unis où la ségrégation raciale a laissé des cicatrices encore mal refermées. Alors oui, on veut bien croire madame Obama. Maintenant, je vous engage à lire la bande dessinée, bien loin de l’aspect lisse du personnage du film. Vous risquez d’être surpris. Et puisque l’on peut faire un film qui respecte les cultures africaines, on espère que cela convaincra les prochains scénaristes et producteurs hollywoodiens à respecter les cultures européennes pour les prochaines productions cinématographiques, en choisissant, entre autres, des acteurs idoines. Mais rien n’est moins sûr. Dans le film, comme dans beaucoup d’autres sortis dernièrement, l’homme blanc est un super-super-vilain…

Notes:

  1. Mot forgé par Achille Mbembe, intellectuel africain
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