Carême

Le carême, grand perdant de la Saint-Valentin

Journaliste

Ancien directeur des rédactions de l’Agence Gamma

 

Nouveau chemin de croix de la chrétienté. Cette année – manque de chance pour la France catholique, protestante et orthodoxe -, le carême tombe le jour de la Saint-Valentin, qui n’a de saint que son appellation. Ce saint, que l’Église a considéré, dès le XIVe siècle, comme le protecteur des amoureux, s’est transformé, au siècle dernier, en patron d’une fête laïque et commerciale. Et, cette année, il a totalement occulté l’entrée en carême de la chrétienté. Après un Mardi gras bien maigre, car pratiqué de moins en moins par les enfants.

Sur les radios, les télévisions, vos journaux, nulle mention de ce mercredi des Cendres pourtant si important, puisqu’il marque le début de quarante jours de sacrifice qui se terminent par la Passion et la Résurrection du Christ. Ainsi, donc, ce 14 février nous a été occulté dans les médias cet instant où les prêtres tracent sur le front de leurs fidèles une croix faite avec la cendre des rameaux de l’année précédente. Chaque croyant a, ainsi, été prié de se convertir et de croire à l’Évangile.

Qu’il est loin, le temps où Léo Ferré chantait « T’as de beaux yeux, tu sais ? Regarde… Regarde… Mais regarde !/Quand ils sont verts j’y vais m’inscrire à l’espérance/Quand ils sont bleus je me prends pour ton capitaine/Quand ils sont noirs je t’y plonge et puis t’y ramène/Quand ils sont mauves alors mon carême commence. »

Mais nous savons que la France a oublié ses racines, que près de 50 % de ses habitants ne croient plus en Dieu. Sans être vraiment des laïcards, ils pensent que la religion est contraire à leur liberté. Les statistiques sont terribles : moins de 5 % des Français sont pratiquants.

La France, que l’Église catholique considère comme sa fille aînée, à qui le pape Jean-Paul II a demandé, lors de son passage à Reims, « Es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? », la France n’est plus croyante. D’ailleurs, croit-elle encore en quelque chose ? A-t-elle encore une vision de l’avenir ? Les Français sont-ils encore accrochés aux valeurs qui ont construit la société française ?

En vingt ans, ses prêtres ont diminué de moitié. Ils sont 15.000, souvent âgés, et ne seront plus que 3 ou 4.000 en 2050. À moins d’un miracle ou d’un sursaut qui devrait intervenir très vite, puisqu’il faut sept ans d’études pour former un prêtre, les églises ne seront plus que des monuments comme les temples grecs.

L’emprise médiatique, antireligieuse à quelques exceptions près, n’encourage pas la reprise de la pratique religieuse. Et les familles françaises n’envoient plus que rarement leurs enfants au catéchisme. Si les églises sont souvent désertes et désertées, les mosquées font le plein de leurs fidèles, motivés par une foi qui s’apparente souvent à un combat politique et communautariste, ce qui n’est pas le cas des fidèles chrétiens que l’Église a oublié de catéchiser.

Alors, oui, cette année, jour où la Saint-Valentin tombait si mal le mercredi des Cendres, l’Église n’a pas usé des moyens modernes qui auraient pu lui permettre de prendre les devants afin de contrecarrer cette folie commerciale qui envahit les espaces médiatiques pour proclamer non pas l’amour du prochain, mais la fête des amoureux et amoureuses.

Ancien directeur des rédactions de l’Agence Gamma

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