Le nouveau Gallienne

Cinéma / Maryline : la place des sensibles dans le monde des « artistes »

Critique de cinéma
 

Après Les Garçons et Guillaume, à table ! avec lequel il pestait contre l’injonction quasi totalitaire faite aux hommes maniérés d’assumer au grand jour une homosexualité qui n’est pas la leur, Guillaume Gallienne nous revient en ce moment sur les écrans avec Maryline. Un drame tout aussi revanchard que la comédie précédente en cela que le film plaide la cause de ceux qui, comme l’explique le réalisateur en interview, « n’ont pas les mots pour se défendre ».

L’histoire suit le parcours difficile d’une jeune provinciale timide et mal dans sa peau, montée à Paris dans les années 70 pour réaliser son rêve de devenir comédienne et intégrer un milieu professionnel qui, hélas, se révèle très éloigné de sa forme d’esprit et de ses attentes ; à mille lieues, en tout cas, de l’innocence qui caractérise encore cette trentenaire pour qui l’attachement à sa province et à sa famille demeure primordial dans l’existence.

Tour à tour maltraitée, rabaissée, cantonnée à des rôles inexistants sans possibilité d’émerveillement, Maryline connaîtra le désenchantement le plus complet, avant de faire la connaissance de personnes bienveillantes qui accepteront de la prendre en main, de lui redonner confiance et de la sortir de sa dépression.

Un cheminement sans surprise, linéaire, qui prend des allures de conte pour adultes et s’achève dans une séquence cathartique mettant le personnage principal face à ses propres démons.

Nous pourrions, certes, reprocher à Guillaume Gallienne la théâtralité parfois excessive de sa mise en scène et le trop-plein d’ellipses émaillant le récit, cela reviendrait à passer à côté de ce qui fait l’intérêt de son film : une caméra braquée sur le visage abattu et introverti d’une jeune femme prête à s’écrouler à tout moment devant le manque d’empathie et la dégueulasserie sans-gêne d’un petit milieu qui s’arroge bien trop souvent le monopole de la sensibilité et des qualités humaines. Non seulement Adeline d’Hermy crève l’écran à chaque séquence, mais le film semble avoir été écrit spécialement pour elle. On apprécie également au casting la présence de Xavier Beauvois, réalisateur talentueux du film Des hommes et des dieux, et de Vanessa Paradis dans un rôle d’actrice chevronnée, masculine et affirmée – qui n’est pas sans évoquer Jeanne Moreau –, incarnant pour Maryline une sorte de mentor.

Ce second film de Guillaume Gallienne, sans être un chef-d’œuvre, bénéficie au moins d’un sujet fort, d’un ton juste et d’un casting sans faute, et mérite largement notre attention.

3,5 étoiles sur 5

POUR ALLER PLUS LOIN