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Cinéma / Numéro une, ou les dérives de la guerre des sexes

Critique de cinéma
 

En plein contexte d’affaire Weinstein et de remise en avant des cas Polanski et Cantat, sort sur les écrans Numéro une, le dernier film de la réalisatrice Tonie Marshall, lancé à l’assaut contre la « domination masculine » en entreprise.

Le film raconte le parcours d’Emmanuelle Blachey (jouée par Emmanuelle Devos), brillante ingénieure quinquagénaire, consciencieuse et réservée, qui, jouissant d’une solide réputation dans son milieu, se voit sollicitée par un lobby féministe au sein du grand patronat pour prendre la tête d’un géant du CAC 40 et favoriser, par la suite, l’ascension de ses congénères dans un esprit de solidarité féminine.

Avec son film, Tonie Marshall part d’emblée du postulat que les femmes ne seraient pas suffisamment représentées aux postes à responsabilité dans les grandes entreprises. Et cela, en raison d’un verrouillage systématique pratiqué par les hommes. Un constat très sombre, accablant même, que nuançait récemment Laurence Parisot sur France 2 lorsque, face à Marine Le Pen, elle admit volontiers que l’absence de femmes à la tête d’entreprises s’expliquait principalement par un manque d’assurance (d’intérêt ?) de leur part. Quant à savoir si cette inhibition est effectivement causée par la pression ordinaire des hommes au quotidien, il s’agit là d’un tout autre sujet.

Le problème du film est qu’il en vient, hélas, à défendre une certaine forme de discrimination positive à l’anglo-saxonne que la cinéaste souhaiterait manifestement voir débarquer en France. Finalement, à en croire Tonie Marshall, qu’importent les qualités du candidat au plus haut poste, qu’importe son projet pour la société (projet qui n’est jamais évoqué) ou les moyens douteux mis en œuvre pour atteindre ses objectifs, du moment qu’il s’agit d’une femme et que la parité est respectée. La conclusion du film est, en cela, particulièrement éloquente, puisqu’en renonçant à la morale la plus élémentaire et en usant de moyens de pression contre son rival masculin (un Richard Berry dominateur et perfide à souhait), Emmanuelle Blachey parviendra joyeusement à se hisser au plus haut de la pyramide, avec l’approbation enthousiaste de Tonie Marshall. Ainsi donc, le féminisme de la cinéaste ne prône pas tant l’égalité des salaires ni véritablement celle des fonctions et responsabilités que l’égalité dans les moyens employés et dans la laideur morale. Celle qui consiste, pour une femme, à se montrer aussi déloyale que son adversaire masculin. La dignité eût sans doute été, pour Emmanuelle, de refuser de s’abaisser à un tel niveau, mais la cinéaste ne l’entend visiblement pas de cette oreille… Une résignation qui frise le cynisme le plus crasseux et qui en dit long sur l’imaginaire intellectuel des « premiers de cordée » de la « terra macronista ». À ce stade des choses, on peut légitimement se demander s’il y a bien lieu de se réjouir de la victoire finale de l’héroïne, car de valeur invariable, les ordures ne se hiérarchisent pas. Les méthodes et la politique menées priment sur le sexe de celui qui en use.

Et que dire du personnage de Suzanne Clément, soutien indéfectible d’Emmanuelle Blachey, qui tente de faire gagner son amie sur un coup de poker en prenant le risque de sacrifier sa propre fille sur qui pèse une menace de la part de Richard Berry ? Faut-il réellement s’enorgueillir de sacrifier sa progéniture et son rôle de mère au profit d’un militantisme féministe dévoyé ?

Un film plus que douteux.

2 étoiles sur 5 (pour le jeu nuancé d’Emmanuelle Devos).

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