Économie

Le clignotant de la dette des entreprises et des ménages est aussi au rouge !

Économiste

Ancien haut dirigeant d'entreprise

 

Comme l’histoire de l’idiot qui regarde le doigt lorsqu’on lui montre la lune, les médias ne parlent que de la croissance moyenne retrouvée de 3,6 % dans les pays de l’OCDE, en oubliant tous les autres clignotants qui sont au rouge ! Le super-clignotant du bitcoin, signe de la folie spéculative en cours, scintille au firmament avec son dernier cours démentiel de 11.000 dollars !

Catherine Mann, chef économiste de l’OCDE, vient de mettre le doigt sur un clignotant peu débattu jusqu’à ce jour : la dette privée des entreprises et des ménages qui vient s’ajouter à la faillite annoncée des dettes publiques et souveraines telles que celles de la France et des États-Unis, soit 100 % du PIB, nonobstant des dépenses non provisionnées (retraite des fonctionnaires, garanties apportées par la France pour les prêts à la Grèce par exemple… qui ne sont pas inclus dans le montant publié de la dette française).

La dette des entreprises et des ménages est en augmentation constante dans le monde, suite aux taux d’intérêt ridiculement bas qui créent des distorsions économiques artificielles et qui contribueront à l’explosion du système. La dette des entreprises représente 168,3 % du PIB en France, 153,8 % au Japon, 126,3 % au Royaume-Uni, 119,7 % aux États-Unis, 117,5 % en Italie et 94,1 % en Italie. La dette moyenne des entreprises des pays de l’OCDE est de 135 % du PIB et elle atteint 200 % en Belgique !

La dette des ménages est tout aussi préoccupante. Elle représente 153 % du revenu disponible au Royaume-Uni, 135,1 % au Japon, 111,5 % aux États-Unis, 109 % en France, 93,4 % en Allemagne, 88,2 % en Italie. L’endettement moyen des pays de l’OCDE a bondi de 80 % du revenu disponible en 1995 à 140 % en 2015.

La bulle actuelle du marché de l’immobilier, souvent annonciateur d’une crise ou d’une récession, est provoquée par l’endettement excessif des ménages. Les entreprises ont plus de facilités à émettre des obligations qu’à obtenir des prêts bancaires qui impliquent l’analyse du risque représenté. Beaucoup d’entreprises empruntent et rachètent leurs propres actions pour faire monter les cours en Bourse au lieu d’investir dans des actifs réels. La qualité des obligations se dégrade, et gare aux non-remboursements en cas de choc financier ! Le comble, selon l’OCDE, c’est que malgré cet endettement supplémentaire, le capital des entreprises vieillit et devient donc moins productif.

Et alors, que faire ? Malheureusement pas grand-chose car le sort en est déjà jeté ! L’OCDE n’est capable que de tenir des propos lénifiants de joueur de flûte. Il faut, selon l’OCDE, « s’attaquer aux vulnérabilités causées par l’endettement des ménages » en réformant la politique sociale, fiscale du logement et en réduisant les aides à l’accession à la propriété. En ce qui concerne les entreprises, il faut « rendre la fiscalité moins favorable à l’endettement ».

Le bouquet, c’est que la Chine a, elle aussi, tout comme l’Occident, ses clignotants au rouge, mais l’empire du Milieu est globalement moins vulnérable car partant de la misère communiste absolue du communisme destructeur et totalitaire de Mao Tsé-toung, ce qui représente une réserve naturelle de croissance économique réelle. Il n’empêche que la Chine connaît, elle aussi, une explosion de l’endettement de ses entreprises. Le gouverneur de la banque centrale de Chine, Zhou Xiaochuan, qui doit quitter prochainement ses fonctions, a mis en garde son pays le mardi 28 novembre contre le risque financier que représente la dette colossale des entreprises et des ménages.

La vérité, c’est que tous les clignotants et tous les ratios sont au rouge partout dans le monde, qu’on est au bord de l’explosion, mais que tous les médias ne cessent de nous répéter que tout va très bien, que la croissance est là, tout comme le président Hoover qui, pendant la crise de 1929, ne cessait d’affirmer que la croissance attendait ses compatriotes « au coin de la rue » ! Il n’y a pire sourd que celui qui ne veut pas entendre et pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.

Ancien haut dirigeant d'entreprise

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