Islam

Concordat pour tous ?


Docteur d'Etat en droit public, avocat, maitre de conférences des Universités

 

À Beyrouth, les étudiants, occupés à boire et à fumer le narguilé dans un café du centre-ville, ne semblent jamais gênés par la prière que le muezzin diffuse pourtant à forte intensité. En Grèce, dès 7 heures du matin le dimanche, la liturgie orthodoxe diffuse de même bruyamment, parfois concurrencée par la propagande du Parti communiste, transformant les petits matins bleutés de vacanciers heureux en cauchemars cacophoniques.

Mais en Occident, ça ne se fait pas. Le haut-parleur est réservé aux « manifs », dûment autorisées, encadrées, et réglementant la circulation aux alentours. Pourtant, à Clichy, vendredi dernier, émanait d’une longue file de fidèles mahométans, installés en pleine rue, une prière diffusée par haut-parleur. Chaque vendredi, il en va ainsi : rue bouchée, nuisances sonores de forte intensité… Les habitants n’en peuvent plus.

Alertés, des élus étaient venus protester. Face aux priants, ils lisaient à haute voix les articles de la loi de 1905 qu’ils semblent considérer comme la solution.

Il ne faut pourtant pas surestimer ce retour à une loi dont on a quelque peu oublié les rigueurs.

Vous voyez, vous, nos dirigeants actuels confisquer les mosquées, éjecter les imams, interdire les écoles coraniques comme la loi de 1905 l’a exigé pour les catholiques ? De plus, l’État et les communes regrettent d’être propriétaires, en vertu de cette loi, de nos quelque 38.000 églises car il leur faut les entretenir. Va-t-on y ajouter les 2.500 mosquées que compte désormais notre territoire ? La « laïcité » n’a pas réussi à éradiquer notre bonne vieille religion, qui a survécu à la confiscation de tous ses biens, à l’expulsion de ses congrégations, à l’exécution en masse de ses prêtres et religieuses. Alors l’islam…

La Turquie est le seul autre pays que la France à se déclarer laïc dans sa Constitution. Résultat : la femme de Recep Tayyip Erdoğan est voilée, et l’islam turc vient jusqu’à Strasbourg réunir des meetings géants soutenus par leur gouvernement !

Essayons autre chose, dit Valérie Pécresse : le concordat !

Certes, on imagine bien Emmanuel Macron dans le rôle de Napoléon signant un concordat avec tel grand mufti ou commandeur des croyants. Mais l’État devra alors payer les imams ! Avec l’Église catholique, c’est facile : on sait qui est prêtre et qui ne l’est pas. Mais dans la religion musulmane, pas de clergé : chacun peut se proclamer imam du jour au lendemain. Le tonneau des Danaïdes, en somme…

De plus, sous le concordat, on peut enseigner la religion à l’école publique et former les futurs ministres du culte à l’université. Alors, enseigner l’islam à l’école et pas notre religion ancestrale ? Payer les imams sur nos impôts et pas nos prêtres ?

Rétablir le concordat pour les catholiques sur tout le territoire aurait bien des avantages. Formés gratuitement à l’université et payés convenablement, le nombre de prêtres augmenterait, ils rempliraient nos églises, cela résorberait aussi le chômage… Bref, tutto bene. Mais l’étendre ensuite à des millions de musulmans, potentiellement tous imams, puis aux rabbins et pasteurs au nom de l’égalité dans un « concordat pour tous » plomberait sérieusement les finances de la nation.

Et puis, pour quel résultat ? « Faire obéir les musulmans aux lois de la République », dit Valerie Pécresse. Ce sera sans doute tout le contraire : légitimés, installés, consacrés, les soldats d’Allah ne connaîtront plus aucune limite à leur prosélytisme guerrier.

Prenons plutôt exemple sur nos voisins. Une grande paisible et consensuelle religion d’État qui modèle les paysages et fixe le calendrier des fêtes et, à côté, des religions importées qui peuvent être exercées en toute tranquillité par leurs fidèles, pourvu qu’ils respectent les lois.
En Angleterre, la religion anglicane est bien religion d’État. Y a-t-il pour autant des minorités religieuses opprimées ?

Chacun chez soi et les vaches – sacrées ou non – seront bien gardées.

Docteur d'Etat en droit public, avocat, maitre de conférences des Universités

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