Discours - Editoriaux - Education - Société - Table - 4 juin 2018

Contre l’uniforme à l’école ? Mais ils le portent tous, avec leurs jeans/baskets !

« Pour moi, c’est un scandale, c’est insupportable… C’est quand même effarant… »

De quoi parle-t-on ainsi, à votre avis ? Du jeune homme tué hier à coups de couteau alors qu’il se promenait dans un parc de Mourmelon ? Du viol et du meurtre d’un garçonnet de 9 ans, voilà quatre jours, dans un village de l’Aisne ? Du nouveau-né dont le corps était caché sous le canapé du salon, dans une petite résidence près de Libourne ?

Vous n’y êtes pas. Ces cris d’orfraie sont ceux du président de la FCPE qui criait, ce matin sur RTL, son indignation face au port prochain de l’uniforme dans les écoles de Provins.

Raymond Artis s’exprimait donc ce lundi, sur RTL, au nom de la Fédération des conseils de parents d’élèves, une institution très marquée à gauche. Invité dans la matinale d’Yves Calvi, il y débattait avec le maire LR de Provins, Olivier Lavenka, dont les parents d’élèves ont approuvé à 62 %, lors d’une consultation, le principe du port de l’uniforme dans les six écoles primaires publiques de la commune.

Si le maire était, bien sûr, favorable à cette initiative évoquée par le ministre Blanquer dès l’automne dernier, la décision est collective puisque, dit-il, « nous avons travaillé dans le cadre d’un comité de pilotage avec une grande majorité d’enseignants et de parents d’élèves qui a débouché sur une proposition complète, cohérente, qui a été soumise à la concertation dans le cadre d’un processus démocratique. 62 % des parents qui se sont exprimés ont voté pour. »

À préciser que la mesure n’est pas obligatoire, même si elle peut faire l’objet, dans le futur, d’une modification du règlement intérieur des écoles, comme c’est déjà le cas… aux Antilles, précise Olivier Lavenka. D’où l’explosion furibarde de son interlocuteur, un homme que les auditeurs ont eu bien du mal à suivre, tant son discours était creux, filandreux et confus. En effet, l’argument du monsieur est sans appel : malgré l’instauration du port de l’uniforme à l’école, « le climat ne s’est pas amélioré en Guadeloupe, là où je vis », dit-il. En à peine un an de pratique, ça aurait été surprenant…

Monsieur Artis en a après le ministre : « Depuis la création de la chorale jusqu’à l’interdiction du portable en passant par l’uniforme […] depuis sa prise de fonction, Michel (sic) Blanquer s’exprime à peu près sur tout. » Surtout, lui reproche-t-il, « son vrai projet pour l’école, c’est une école libérale au profit d’une société ultralibérale ». L’uniforme qui plaît au ministre ne serait, ainsi, que la manifestation obscurantiste de cette société marchande, précisément le goût frelaté pour « une école de la nostalgie fantasmée mais qui n’a jamais existé ».

On peut imaginer que, derrière l’accusation réitérée « d’ultralibéralisme », Artis pointe le coût du trousseau pour les jeunes Provinois : 150 euros pour dix pièces vestimentaires.

Argument balayé par le maire : « Je comprends tous les arguments des gens opposés à la tenue scolaire unique, mais ça, c’est un argument que je ne comprends pas parce que, dès aujourd’hui, ni l’État ni les communes ne financent les vêtements des enfants ! » dit-il. De plus, « la ville va intervenir en payant 50 % de l’uniforme dès le deuxième enfant et le CCAS interviendra chaque fois que nécessaire pour les familles dans le besoin. Enfin, on propose un paiement fractionné en dix fois, ce qui fait 14,50 euros par mois ! »

Qu’importe, le président de la FCPE n’en démord pas : c’est de l’ultralibéralisme !
Et tant pis pour le vote favorable des parents, qu’il balaye d’un revers de main. Mauvais votants, les Provinois !

Au fond, monsieur Artis et ses adhérents ne sont pas contre l’uniforme. Celui qu’ils veulent pour leurs enfants est seulement celui qu’ils portent déjà tous : des Nike et des Adidas, des jeans à trous, des sweats à capuche et le dernier smartphone sorti sur le marché. Bref, de quoi faire prospérer l’ultralibéralisme…

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