Justice

Dupond-Moretti : chapeau, Acquittator!

Etudiant en Histoire
 

Il y aura donc un second procès Merah. Le parquet général a en effet annoncé sa décision de faire appel du jugement en première instance qui a condamné Abdelkader Merah à vingt années de réclusion criminelle, la cour d’assises spéciale (composée exclusivement de magistrats professionnels) n’ayant pas retenu la complicité de terrorisme, faute de preuves concrètes.

Pour Maître Éric Dupond-Moretti, ténor du barreau et avocat de la famille Merah, qui avait plaidé l’acquittement, une peine de vingt ans est quand même une petite victoire face à l’accusation. Sur France Inter, le champion de l’acquittement s’est dit confiant dans l’issue du futur procès en appel.

Celui qui est considéré comme le nouveau Vergès fait face, depuis plusieurs semaines, à une véritable cabale d’injures et de menaces. Une foule de badauds furieux, venue assister au procès du siècle, l’a ainsi copieusement sifflé à la sortie du tribunal, après l’annonce du verdict. Notons que les parties civiles n’ont guère pris part à ces épanchements de bile, gardant en tous points leur dignité.

Si la cour avait été composée de jurés populaires, il est fort à parier que l’accusé aurait pris perpète. Comme l’a confié cette magistrate à BFM TV : « La première question que posent les jurés, c’est : si on le condamne à telle peine, combien fera-t-il en réalité ? » Le pathos et les spéculations sont en effet (trop) présents lors des procès où l’on donne à des citoyens inexpérimentés le pouvoir de décider du sort d’un homme. La peur et l’émotion ont vite fait de prendre le dessus sur la raison. « L’opinion est la reine du monde », se plaignait Voltaire en son temps. Ce mercredi, le trône a quelque peu vacillé.

Loin des passions médiatiques, des rodomontades d’une opinion publique plus que survoltée, la balance de la Justice n’a pas tremblé ; jugeant les faits, rien que les faits, et estimant que rien ne prouvait l’assistance matérielle ou morale de l’accusé aux méfaits de son défunt frère. Est-il islamiste ? Oui. Hait-il nos valeurs ? Sans doute. Est-ce là un crime ? Peut-être dans un éventuel code moral, mais celui-ci ne saurait être confondu avec le Code pénal. La justice a montré (pour reprendre les termes de Me Régis de Castelnau) « qu’elle ne condamnait pas sans preuves, même le pire des hommes ».

Presque une semaine après le verdict, le dégueulis de haine continue sur les réseaux sociaux et dans les colonnes de la fachosphère. D’avocat du diable, Dupond-Moretti est devenu diable lui-même aux yeux des gens du bien et des patriotes Cochonou. Que lui reproche-t-on ? D’avoir mis en œuvre son talent pour démonter les « preuves » de l’accusation. On aurait sans doute préféré que l’auguste avocat réclame la tête de son propre client ou qu’il soit un parfait incompétent.

Pris la blague raciste au bec, arrêtés pour avoir nié l’existence d’un génocide ou pour avoir frappé un élu de la République, les mêmes seront heureux d’avoir un avocat de cette trempe quand ils devront comparaître au prétoire pour en répondre. Incapables d’admirer le talent dès lors qu’il ne sert pas leur cause, les détracteurs d’Acquittator font ainsi preuve d’une mauvaise foi certaine doublée d’immaturité.

POUR ALLER PLUS LOIN