Editoriaux - Histoire - 15 mai 2018

Égarés dans le métro, ces Autrichiens ont été verbalisés : les Parisiens, eux, sont tellement disciplinés !

La mésaventure de ce couple d’Autrichiens en goguette dans la capitale a rencontré un grand succès sur les réseaux sociaux.

On ne les imagine peut-être pas, bien sûr, en culotte de peau ni feutre à plume sur la tête, mais au moins bras dessus, bras dessous, le nez au vent et l’appareil photo autour du cou, car Paris au printemps – Ach, Paris ! -, c’est un peu La Mélodie du bonheur.

Sauf qu’évidemment, ils se sont perdus dans les dédales du métro et ont emprunté par inadvertance, comme le rapporte un élu de Courbevoie qui se trouve être leur beau-frère, un sens interdit. Verboten! Éberlués, ils se sont vus aussi sec verbalisés, et allégés de 25 euros, par l’agent de la RATP auquel ils demandaient leur chemin. La mélodie de la stupeur.

Mais si cette déconvenue anecdotique a fait le buzz sur les réseaux sociaux, ce n’est pas seulement parce qu’on la trouve un peu discourtoise et mesquine. Elle est surtout emblématique d’un mode de fonctionnement délétère qui tend à se généraliser.

Le couple d’Autrichiens, lit-on, même s’il est un peu éberlué, ne conteste pas l’amende : « Les règles sont faites pour être appliquées. »

Bien sûr. La France étant un pays discipliné, sécurisé, où aucun étranger ne se permet de braver le moindre interdit, surtout pas, par exemple, de passer une frontière sans y avoir été invité, parce que, pardon, mais chez nous, attention-ça-ne-rigole-pas, Paris étant une manière de ville suisse où chacun balaie son pas de porte, prend soin des Vélib’, ramasse les détritus et les papiers gras, nettoie les crachats et les déjections canines, et où, grâce à toutes ces belles règles d’hygiène-là, on n’a jamais vu un rat (non, mais, quelle horreur, vous n’y pensez pas), le métro étant un havre de paix aseptisé où personne ne s’est jamais rien fait voler et où nul ne se colle à celui qui le précède pour passer à deux avec un seul ticket… il ne manquerait plus, saperlipopette, qu’un ménage de touristes autrichiens ait le toupet de venir mettre le fourbi, le bazar, le chantier – dont son pays, comme chacun sait, est coutumier – dans notre vivre ensemble si bien huilé !

Allez savoir pourquoi, j’ai pensé, en lisant cette histoire, à un petit scout qui s’est fait verbaliser sous mes yeux dans une gare de banlieue parce qu’il n’avait qu’une photocopie de sa carte famille nombreuse (mais quelle mère sensée donnerait l’original à un gamin de 12 ans ?). Le contrôleur, sourcils froncés sous la casquette, concentré, remplissait consciencieusement les cases du PV – « Tu peux m’épeler ton nom ? » – tandis qu’à côté de lui, on sautait gentiment par-dessus le portillon pour passer sur le quai.

Et aussi à ces Blacks Blocs qui ont tout cassé sans qu’il ne soit rien demandé aux organisateurs de la manif à laquelle ils s’étaient agrégés, alors que l’on avait exigé, quelque cinq ans auparavant, à LMPT d’indemniser la mairie de Paris pour une pelouse légèrement piétinée.

Et encore aux limitations de vitesse à 80 km/h dans nos campagnes, aux impôts dont les classes moyennes sont assommées, aux charges dont les PME sont accablées (malheur aux unes et autres si elles venaient à se tromper au moment de déclarer).

Les guides touristiques autrichiens devraient le mentionner, pour que leurs voyageurs ne soient pas étonnés : en France, « les règles sont faites pour être appliquées », mais seulement par ceux qui sont trop bien élevés pour s’asseoir dessus, truander et violenter l’agent par-dessus le marché.

Et lorsque ceux-ci sont pris dans ces drôles de filets qui retiennent la friture mais laissent passer les gros poissons, ils doivent morfler, pour compenser. C’est la conception de la solidarité à la française. Pas la mélodie du bonheur mais la rhapsodie du tricheur.

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