Quand Emmanuel Macron flatte les évêques pour mieux les étouffer

Nos évêques ne brillent pas toujours par leur courage – à quelques exceptions près, qui suscitent les critiques de la bien-pensance – mais, en matière sociétale, ils restent généralement fidèles aux positions traditionnelles de l’Église qui, du reste, ont une portée qui dépasse le domaine du religieux.

Alors que sa politique est de plus en plus contestée, Emmanuel Macron a tout intérêt à se concilier l’électorat catholique, qui commence à lui faire défaut, surtout avant d’aborder au Parlement des questions sociétales comme la PMA pour toutes, la GPA ou la fin de vie. Il ne voudrait pas connaître les manifestations qu’avait suscitées la loi Taubira. Alors, il prend les devants. Il estime légitime que l’Église participe aux débats de société.

S’exprimant, lundi soir, devant la Conférence des évêques de France (CEF) et une pléiade de personnalités, il a montré son empathie pour les catholiques, dans un discours au parfum métaphysique, soigneusement préparé par sa plume. Il veut « réparer » le lien entre l’Église catholique et l’État qui « s’est abîmé » et établir entre eux « un dialogue en vérité ». Il attend en retour que les catholiques fassent trois dons à la République : « le don de [leur] sagesse, le don de [leur] engagement, le don de [leur] liberté ».

On entend toujours ce qu’on veut bien entendre : si l’orateur vous est sympathique, vous boirez ses paroles et avalerez sans sourciller la potion amère qu’il y mêle. Regardons-y de plus près.

Mgr Georges Pontier, président de la CEF, a rappelé l’opposition de l’Église à l’élargissement de la procréation médicalement assistée (PMA), ainsi qu’à l’euthanasie et au suicide assisté, avec ce propos qui résume l’enjeu : « On ne peut pas toucher à l’être humain, à sa conception, à sa filiation, à sa fin de vie sans se demander quel monde nous sommes en train de construire. Ce ne serait plus un monde humain et fraternel, mais un monde où le “chacun pour soi” se construirait sur le destin des autres. »»

Quelques évêques s’étaient déjà publiquement demandé si la médecine avait pour vocation de répondre à toute demande sociétale. Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris, médecin de formation, avait dénoncé la décision du Comité consultatif national d’éthique (CCNE), qui s’était prononcé en faveur d’une ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes et aux femmes seules qui souhaitent procréer grâce à un don de sperme : « Nous créons volontairement une injustice ! Nous créons artificiellement des enfants sans pères. »

La position d’Emmanuel Macron est connue, ses partisans la répétaient encore hier soir : pendant la campagne présidentielle, il a promis l’extension de la PMA aux couples de femmes. Il est dans la logique des libéraux extrêmes, qui appliquent leurs principes aux questions économiques et sociétales à la fois. Par son discours au collège des Bernardins, il cherche à amadouer les évêques en leur assurant qu’ils peuvent exprimer leur point de vue – sans préciser, bien sûr, s’il sera pris en considération. Ils devront, en retour, reconnaître pleinement les lois de la République, y compris en matière sociétale.

Pour lui, l’Église a déjà fait un pas, puisque « chaque jour [elle] accompagne des familles monoparentales, homosexuelles ou ayant recours à l’avortement en essayant de concilier ses principes et le réel ». Je ne suis pas expert en théologie, mais il me semble que notre Président confond la pratique de la charité universelle avec l’acceptation de lois sociétales relatives, qui ne vont pas de soi.

Macron a entrepris auprès des évêques une entreprise de séduction. Il ne leur interdit pas, bien sûr, de détourner les Français du vote Front national ni de faire la promotion de l’Europe. Les voies de Dieu sont, paraît-il impénétrables. Celles de Macron sont claires comme de l’eau de roche.

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