États voyous : la France punie par les USA !

Ça y est, c’est officiel ou presque : sous la pression américaine, Total et PSA se retirent du marché iranien. Sur ce site, un article consacré à la question et publié le 9 mai dernier était ainsi titré : « Accord nucléaire iranien : pourquoi la France et l’Europe se couchent devant les Américains ! » Un mois plus tard, nous y sommes.

Pour PSA, l’Iran était jusqu’alors le premier débouché à l’international, avec 450.000 véhicules vendus chaque année, loin devant le volume exporté en Chine. Un milliard d’euros allait même être investi à Téhéran, après une première brouille, remontant à 2012. À l’époque, General Motors, qui venait de s’inviter dans le capital de ce fleuron de l’industrie française, avait déjà commencé à faire capoter une historique alliance industrielle ayant même survécu à la chute du chah d’Iran ; ce qui nous valut, au passage, la fermeture de l’usine d’Aulnay-sous-Bois – rien de moins.

Après le groupe automobile qui jette l’éponge, c’est au tour de Total de lui emboîter le pas, groupe dont le PDG Patrick Pouyanné reconnaît :

La stratégie américaine, c’est le maximum de sanctions pour étouffer l’Iran. Pourquoi feraient-ils preuve de faiblesse ?

Pourquoi, en effet, sachant que tout leur semble permis ? Les USA sont, d’ailleurs, d’autant plus enclins à ne pas faire preuve de faiblesse que les Français et les Européens ne donnent guère dans la démonstration de force, sachant qu’à Paris et Bruxelles, on en est à mendier des « exemptions » et des « dérogations » de la part de la Maison-Blanche.

Une probabilité des plus « faibles », admet le même Patrick Pouyanné, tandis que l’ineffable Pierre Gattaz, patron du MEDEF, reconnaît que les entreprises françaises « n’ont pas le choix ».

En 1987, l’auteur de ces lignes, alors qu’il officiait dans le défunt journal Le Choc du mois, recueillait les confidences d’un ponte de la DST (l’actuelle DGSI) qui, en substance, affirmait : « Chaque fois que nous sommes convoqués par François Mitterrand, ce dernier nous répète que les USA nous mènent une guerre économique sans merci et que le drame, c’est que personne ne paraît s’en rendre compte. » Trente ans après, j’ai l’occasion d’évoquer la question avec un proche de l’ancien Président, Roland Dumas. Lequel confirme en ces termes : « J’ai souvent entendu mon vieil ami François prononcer cette phrase. Elle n’a jamais été autant d’actualité. »

Dans le même temps, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou fait la tournée des popotes en Europe, histoire que le message soit bien compris, usant au passage du cousinage quasi consanguin unissant Washington et Tel Aviv. Bien sûr, Paris ne s’est pas encore officiellement couché ; mais au moins a-t-il déjà préparé le lit, comme d’habitude…

Assez bizarrement, la lutte contre Daech – qui était, à en croire la voix des gazettes, l’enjeu civilisationnel à venir – a disparu des écrans radar, laissant la place à cette realpolitik à l’ancienne. Laquelle absout de fait l’Arabie saoudite, premier fourrier du terrorisme islamiste en question, que ce soit d’un point de vue financier et théologique. Et passe aussi par pertes et profits le rôle trouble d’Israël en la matière : n’est-ce pas l’État hébreu qui a longtemps soutenu le Hamas (islamiste) contre l’OLP (laïque), pour aujourd’hui jouer les pleureuses, tout en filant aujourd’hui le parfait amour avec Riyad ? En attendant, la France s’aplatit tout en bombant le torse.

Au fait, les USA aiment à stigmatiser ce que la Maison-Blanche a pris l’habitude de surnommer « les États voyous » ; soit ceux qui s’assoient en permanence sur le droit international tout en menant la guerre là où bon leur semble. Fort bien. On ne sait pas trop bien quelles réalités recouvre cette détermination des plus vagues. Mais il se pourrait bien que les États-Unis et Israël, forts de ce perpétuel chantage leur tenant lieu de viatique politique, puissent en tous points correspondre à cette définition.

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