17 avril 2018

Comme Harvey Weinstein : Bachar el-Assad bientôt privé de Légion d’honneur ?

La récente opération anglo-franco-américaine en Syrie ? Une comédie, sans nul doute. Une vraie-fausse attaque chimique sur le dernier carré de rebelles islamistes dans le réduit de la Ghouta. Puis, l’indignation en trompe-l’œil d’une communauté internationale qui n’est, elle aussi, que vue de l’esprit. Ensuite, les tweets de plus en plus fantasques de Donald Trump sur ses missiles « beaux et intelligents ». Pour finir, un bombardement surprise que tout le monde attendait sur des bâtiments vides.

Mais la comédie en question ne serait pas complète sans cette touche finale consistant à priver Bachar el-Assad, le président syrien, de cette Légion d’honneur dont Jacques Chirac l’avait gratifié en 2001. Tremble, boucher damascène ! Le hochet que tu partages avec Enrico Macias et le défunt Johnny Hallyday ne sera bientôt plus qu’un lointain et regretté souvenir. S’en remettra-t-il un jour ? Nul ne le sait, le gouvernement syrien s’obstinant à ne pas vouloir communiquer sur cette épineuse question.

On ajoutera que ce genre de décision, relevant des plus hautes considérations de politique étrangère, ne se prend évidemment pas à la légère. La preuve en est que le dernier précédent concerne Harvey Weinstein, le fameux producteur hollywoodien, bien connu pour aussi coucher ses actrices ailleurs que sur le papier de ses contrats. El-Assad et Weinstein, même combat, donc.

Plus sérieusement, tout cela pourrait prêter à rire si cette affaire n’était révélatrice de l’irrémédiable déclin de la diplomatie française. Au début de son quinquennat, Emmanuel Macron a su faire illusion et on pouvait au moins lui accorder le bénéfice du doute, tant la manière dont il reçut Vladimir Poutine à Versailles tranchait agréablement sur les manières de son prédécesseur. De doute, il n’y en a malheureusement plus guère : la France ne reviendra pas – pour le moment, tout du moins – à la politique de relative indépendance qui fut naguère la sienne, du général de Gaulle à Jacques Chirac (pour compter large).

En participant à cette équipée grotesque, notre Président ancre donc ouvertement notre pays à l’Occident ; c’est-à-dire l’adversaire héréditaire de l’Europe, pour reprendre les analyses d’un Jacques Bainville ou d’un Carl Schmitt. Ainsi, au moment où les nations historiques – Russie, Iran, Turquie, Chine – font leur grand retour sur la scène internationale, Emmanuel Macron persiste à s’accrocher à une coalition brinquebalante – États-Unis, Israël, Angleterre, Arabie saoudite, pays dont les intérêts ne sont pas exactement les nôtres, c’est le moins qu’on puisse prétendre. D’ailleurs, quitte à pratiquer une diplomatie cynique, autant s’arrimer à des puissances montantes que déclinantes qui, elles, sont justement demandeuses de telles alliances.

En ce sens, Emmanuel Macron vient de commettre là sa première erreur d’importance ou, plus précisément, de révéler le véritable visage de sa politique. Laquelle, sous des atours populistes, sert en fait à sauver ce qui peut encore l’être d’un système moribond. Cette franchise involontaire mériterait, à elle seule, une décoration.

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