Editoriaux - Histoire - Table - 15 avril 2018

Des hommes mariés ordonnés prêtres ? Un peu d’histoire et de théologie pour y voir plus clair

Certains de mes correspondants semblent s’être inquiétés d’une proposition de certains évêques du Québec qui souhaiteraient pouvoir ordonner des hommes mariés ; la question aurait été évoquée il y a un mois par Mgr Marc Pelchat, vicaire général de l’archidiocèse, lors d’une soirée consacrée à l’avenir de l’Église du Québec. Et d’aucuns d’y voir une nouvelle menace contre l’Église traditionnelle menée par le pape François, lequel permettrait aux conférences épiscopales de lancer des « ballons d’essai » qu’il se garderait bien de désapprouver, si bien que les mesures évoquées finiraient par être adoptées jusqu’à ce que l’Église ait un « nouveau visage » : celui d’une secte protestante.

Je dois dire que cette inquiétude me paraît pour le moins excessive et découle d’une ignorance de la Tradition de l’Église : celle-ci a toujours connu des prêtres mariés ; d’ailleurs, saint Pierre – et peut-être d’autres apôtres – était marié et père de famille. Toutefois, sans être obligatoire, le célibat était une valeur très estimée dans l’Église depuis l’origine : le Christ lui-même n’avait-il pas affirmé : « Il y en a d’autres enfin qui le sont devenus [sont devenus « eunuques », c’est-à-dire abstinents sexuels], de leur propre fait à cause du royaume des cieux. Comprenne qui pourra » (Matt. 19, 11-12).

Mais le clergé du haut Moyen Âge ne percevait aucun salaire et vivait du produit des dons et legs faits par les fidèles, en échange de promesse de messes et de prières pour eux-mêmes ou les leurs. L’ensemble de ces dons représentait une fortune d’une importance variable, appelée « bénéfice », et assise sur des terres – principale forme de fortune en ce temps. Avec l’apparition de la féodalité, le seigneur dans le fief duquel était inclus le « bénéfice » se trouva en mesure de nommer la personne qui en jouirait.

Les abus étaient inévitables. Ces seigneurs choisirent souvent des membres de leur famille afin d’assurer l’avenir de celle-ci. La famille du seigneur pouvait alors hériter du bénéfice sans qu’aucun de ses membres n’entre dans les ordres et les intentions des donateurs, qui étaient d’obtenir des prières pour eux-mêmes ou les leurs, étaient alors frustrées.

Les prêtres mariés eux-mêmes étaient tentés de se consacrer principalement à s’enrichir pour assurer la fortune de leurs descendants.

Pourtant, ce n’est que très tardivement que furent prises des mesures contraignantes pour faire disparaître ces abus, et ce n’est qu’au XIe siècle que les papes – principalement saint Léon IX (connu, aussi, comme saint Bruno ou Brunon d’Eguisheim) et saint Grégoire VII, connu comme le principal auteur de la réforme grégorienne – ont réussi à vaincre l’opposition des seigneurs laïcs, y compris rois et empereur. Grégoire VII, on s’en souvient, alla jusqu’à obliger l’empereur Henri IV à se rendre à Canossa pour une humiliante pénitence publique.

La situation était mûre pour une décision ferme sur la question du mariage et du concubinage des prêtres : elle intervint au premier concile de Latran, en 1123, et le célibat fut définitivement imposé aux prêtres de l’Église latine.

Mais il s’agissait d’une décision qui, dans l’Église catholique, ne concernait et ne concerne toujours que l’Église latine : l’Église orientale catholique unie à Rome n’a jamais connu cette obligation et continue à ordonner des hommes mariés.

Il s’agit, en effet, d’une question de discipline, non d’un problème d’ordre spirituel, et l’ordination d’hommes mariés, dans certains cas ou même de façon générale, d’une part ne représente nullement une avancée de l’Église vers le statut de « secte protestante » ni d’ailleurs une conséquence de Vatican II, et d’autre part fait partie des pouvoirs du pape.

L’ordination des femmes que certains, parmi les « progressistes », croient pouvoir lier à une décision en ce sens, est d’une tout autre nature : le fait que Notre-Seigneur n’ait pas voulu faire un prêtre de la plus sainte et la plus grande de toutes les créatures, supérieure aux anges et à tous les saints, sa Sainte Mère, Reine du Ciel et de la Terre, est, à mon sens, l’indication de sa claire volonté de distinguer « le plus haut service » chez les hommes et chez les femmes qu’il y appelle : pour les hommes, la possibilité de prononcer les paroles sacrées de la Consécration en Son Nom et de pardonner les péchés, pour les femmes celle de devenir « épouses du Christ », ces deux formes de service étant différentes mais d’égale dignité.

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