#nutellariots

Hystéries hexagonales

Journaliste et essayiste
 

Un certain et peu reluisant visage de la France : on s’est battu pour du Nutella® et des couches-culottes !

Quand la fièvre acheteuse rend des gens fous. Mais qu’ont-ils donc dans la tête ?
On s’est battu. On s’est bousculé. On s’est rué. Des scènes de violence et d’émeutes. Pour voir une rockstar ? Pour s’approcher de Kim Kardashian ? Pour arracher un autographe à Nabilla ? Pour du Nutella® !

Afin de se faire encore mieux connaître, la multinationale qui fabrique ce produit – dont on conviendra qu’il n’est pas de première nécessité – avait décidé de vendre ses petits pots à 1,41 € au lieu de 4,50 €. Appâtées par le prix, des foules en folie ont pris d’assaut les supermarchés.

Natacha Polony, qui a beaucoup de talent, met en cause dans Le Figaro les multinationales de la « malbouffe » et la grande distribution. Elle ne dit qu’une part de la vérité. Des esprits bien-pensants lui rétorquent que les pauvres peuvent être légitimement tentés par une économie de plus de trois euros sur un de ces pots si désirés. Ils ne disent pas la vérité.

Les mêmes scènes passablement écœurantes se sont déroulées pour des couches-culottes vendues à 7,18 € le paquet au lieu de 23,95 €. « C’était l’horreur », raconte la gérante de l’Intermarché de Metz-Vallières. « C’est devenu ingérable. Environ 250 personnes étaient présentes à l’ouverture spécialement pour acheter des couches. Des femmes se sont battues. Nous avons été contraints d’appeler les forces de l’ordre! »
Mêmes scènes dans d’autres Intermarché.

En France, personne, aujourd’hui, ne meurt de faim et personne ne manque de couches-culottes. Les très pauvres – et il y en a – sont aidés par des associations secourables comme les Restos du Cœur, Emmaüs, le Secours catholique, le Secours populaire. Et la grande distribution, si facilement pointée du doigt, n’est pas en reste puisqu’elle met à la disposition des nécessiteux ses produits alimentaires proches de leur date de péremption.

Non, les gens qu’on a vus dans les supermarchés, capables de s’empoigner pour quelques euros, ne sont pas des pauvres ! La pandémie de fièvre acheteuse a brûlé leurs neurones. Des codes-barres ont pris leur place. Ce sont des gens abîmés, esclaves serviles et volontaires de la pub et formatés pour devenir des consommateurs sans âme.

Ils sont à l’image de ce que fabrique la financiarisation de la France et du monde. Vendre, vendre… Acheter, acheter… J’achète, donc je suis. Et avec dix ou vingt pots de Nutella® et je ne sais combien de couches-culottes, leur ego prend une nouvelle et forte dimension.

Ils, elles rentrent à la maison avec des allures de vainqueurs. « Et t’as eu combien de pots de Nutella®, toi ? » « 12 ! » « Pfff, moi j’en ai eu 24 ! » Il est facile d’incriminer la publicité. Mais elle n’influence que ceux qui veulent s’en gaver. Sur les boîtes aux lettres, on peut en effet marquer « Pas de pub ! »

Les pauvres, eux, ont leur dignité. Regardez ceux qui font la queue devant les soupes populaires. Ils se tiennent droit. Un conseil pour les acheteurs et acheteuses hystériques. Ils, elles pourront tartiner de Nutella® les couches-culottes de leur progéniture. On serait curieux d’observer le résultat sur les fesses des bébés…

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