Editoriaux - Histoire - International - Société - 14 avril 2018

Intervention en Syrie : à quoi sert l’ONU ?

La loi du plus fort est donc toujours la meilleure. C’est ce qu’on retiendra de l’intervention américano-anglo-française en Syrie dans la nuit du 13 au 14 avril 2018. Sans mandat de l’Organisation des Nations unies, les États-Unis d’Amérique, la Grande-Bretagne et la France ont attaqué un État souverain, alors même que ces trois pays sont membres permanents du Conseil de sécurité de cette organisation.

Le régime d’Assad a-t-il utilisé l’arme chimique contre des populations civiles ? Emmanuel Macron affirme que oui, sans d’ailleurs vraiment en rapporter la preuve. Il porte, en tout cas, la lourde responsabilité de cette intervention devant le tribunal de l’Histoire, pourrions-nous dire un peu pompeusement. Cela dit, et sans être cynique, l’exemple de George W. Bush et Tony Blair, qui mentirent pour justifier l’intervention en Irak en 2003, devrait nous inviter à relativiser ce genre d’incantation…

Admettons qu’Assad ait employé l’arme chimique. À l’évidence, il aurait commis un crime de guerre. Pour autant, quelle est, alors, la légitimité de cette intervention, en droit international ? Pour la France, nous avons la réponse depuis samedi matin : la « ligne rouge fixée par la France en 2017 », comme l’a déclaré le président de la République dans un communiqué. Traduisez : la ligne rouge que Moi, Emmanuel Macron, j’ai fixée au début de mon mandat. « Ne jamais respecter les règles », déclarait le Président français à la jeunesse indienne, il y a tout juste un mois. Sauf celles que je fixe moi-même. « Ligne rouge » : le mantra répété à l’envi par les fidèles de la Macronie, de Le Drian à Aurore Bergé.

Depuis le congrès de Vienne en 1815, en passant par la Société des Nations, à l’issue de la Première Guerre mondiale, jusqu’à la Charte de San Francisco qui donna naissance, en 1945, à l’ONU, les nations, pas à pas, ont essayé, patiemment, péniblement, d’élaborer un droit international afin de donner un cadre à leurs relations. Le but : éviter, ou tout du moins limiter, les risques de conflits. Un idéal, une utopie. Sans doute. Mais les guerres révolutionnaires puis napoléoniennes, les deux conflits mondiaux qui transformèrent l’Europe puis le monde en champ de bataille, justifièrent de tenter cette utopie.

Un cadre aux relations internationales ? C’est-à-dire des lignes à ne pas dépasser afin que la loi du plus fort ne soit plus la règle, du moins en apparence. La déclaration du gouvernement syrien, qui qualifie cette intervention de crime de guerre, n’est donc pas aussi incongrue, à bien y réfléchir. Cela pourrait se plaider, si tant est qu’il y ait encore un droit international. Cette intervention est d’autant plus grave qu’elle est le fait de trois membres permanents du Conseil de sécurité, c’est-à-dire de ceux-là mêmes qui ont « la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales » par délégation des États membres, détenteurs, qui plus est, d’un droit de veto sur les décisions ou résolutions du Conseil. Un Conseil de sécurité qui doit « maintenant reprendre… l’initiative » a osé déclarer Emmanuel Macron !

Plus de frontières, plus de règles, des lignes rouges qu’on a fixées unilatéralement : le monde d’Emmanuel Macron ? La loi du plus fort. Et, dans tout cela, à quoi sert l’ONU ? Nous avons eu la réponse ce 14 avril 2018. En tout cas, les mauvais esprits auront beau jeu de faire remarquer qu’il est décidément plus aisé de jouer au gendarme du monde que de faire la police en son pays…

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