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Johnny Hallyday, entre prétoire et grand-messe…

Ecrivain, musicienne, plasticienne
 

Ce mardi matin, la polémique fait rage : la laïcité républicaine serait en grand danger. La faute au Président Macron qui, invité par les représentants de l’Église catholique rassemblés au collège des Bernardins, à Paris, a déclaré : « Nous partageons confusément le sentiment que le lien entre l’Église et l’État s’est abîmé, et qu’il nous importe, à vous comme à moi, de le réparer. »

Nos gouvernements de ces dernières décennies, le dernier mandat socialiste surtout, ont, de fait, considéré les catholiques comme l’obstacle majeur aux « progrès sociétaux » (cf. le mariage gay et tout ce qui en découle). La gauche a pour l’islam les yeux de Chimène, pour la religion juive toute la compassion qui sied mais range les chrétiens, et parmi eux principalement les catholiques, du côté des bourreaux. Alors, bien sûr, quand Macron dit « Je considère que la laïcité n’a certainement pas pour fonction de nier le spirituel au nom du temporel, ni de déraciner de nos sociétés la part sacrée qui nourrit tant de nos concitoyens », ça fait des remous. Et quand il ajoute « Je ne suis ni l’inventeur ni le promoteur d’une religion d’État substituant à la transcendance divine un credo républicain », c’est carrément l’indignation. Et même, pour Mélenchon, un cas caractérisé d’indignité nationale.

Quel rapport avec Johnny Hallyday, me direz-vous ?

Il y en a un. Celui qui concerne, justement, « la part sacrée qui nourrit tant de nos concitoyens ». Des gens ordinaires, des obscurs, de toutes conditions sociales mais rassemblés, justement, par la ferveur. Ce qui est la définition même de « la communion ».

Et dans quoi communient-ils ? Dans le souvenir de Johnny Hallyday. Ils se rassemblent ainsi, tous les 9 du mois, en l’église de la Madeleine, à Paris, pour une messe à la mémoire du chanteur. Interdits de recueillement devant la sépulture (le déplacement à Saint-Barth n’est pas à la portée de toutes les bourses), le père Bruno Horaist leur a offert ce rendez-vous mensuel. Ils s’y pressent. « Chaque mois ils viennent plus nombreux. Ils étaient 700 la dernière fois. Sans les grèves, ils auraient été encore plus » que ce dernier lundi, confie-t-il au journaliste du Parisien qui s’est mêlé à cette foule recueillie. Des gens qui laissent parler leur chagrin, qui éprouvent le besoin de s’épauler dans ce monument parisien où les grandes orgues jouent du Johnny.

Aux claviers prestigieux où s’assirent, entre autres, Camille Saint-Saëns, Gabriel Fauré ou Nadia Boulanger, l’organiste alterne les chants sacrés et les grands tubes : « Retiens la nuit » pendant l’eucharistie, « J’ai oublié de vivre » pendant la communion »…

Faut-il le préciser ? La liturgie est en latin.

Les esprits forts, ou qui se croient tels, ricanent. Cela a été, je le confesse, mon premier réflexe. Et puis j’ai réfléchi. De quel droit se moquer de tous ces gens ? Au nom de l’idolâtrie, oui, sans doute. Et après ?

Me revient en mémoire un épisode qui aurait pu être dramatique. C’était une nuit de novembre 2009. Le feu embrasa les derniers étages d’un immeuble du Xe arrondissement, menaçant deux de mes amis qui vivaient là. Le couple qui habitait au dernier étage survécut de justesse à l’incendie, les poumons brûlés par la fumée. La cause de ce sinistre ? Indirectement Johnny Hallyday. Il venait d’être hospitalisé en urgence à Los Angeles, les médias le disaient fort mal en point. Une dame âgée, fan absolue, disait des neuvaines pour son rétablissement. Elle avait allumé des cierges, s’était endormie sur son prie-Dieu…

« De quoi tout cela est-il le signe ? » comme disent les psys et les sociologues. C’est le signe d’une société malade qui s’est abîmée dans le matérialisme et le consumérisme, laissant sur le bas-côté des millions de gens déboussolés. En quête de transcendance. En quête, surtout, de communion en une culture, une foi pour certains, qui réellement les rassemble. C’est « la part sacrée – mais oubliée car méprisée ! – qui nourrit tant de nos concitoyens ».

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