kinésithérapie

Kinés au bord de la crise de nerfs, une médecine à deux vitesses ?

Médecin
 

À la ville, Stéphane Demorand est kinésithérapeute. Mais il est aussi chroniqueur à l’hebdomadaire Le Point, et sa dernière production mêle assez confusément le vrai et le faux, le constat avec le procès d’intention, en essayant de faire mousser une eau où il y a bien peu de savon.

Au départ, un arrêté du 13 février qui dépouillerait « les kinésithérapeutes de leurs compétences au profit des chiropraticiens ». Le chroniqueur voit là un risque d’« avènement d’un système de santé à deux vitesses qui contrarierait sérieusement la volonté affichée d’un meilleur accès aux soins des Français les plus démunis ».

Ah ! la santé à deux vitesses… en voilà un poncif qui a la vie dure ; parce qu’on a toujours su qu’il valait mieux se casser la jambe devant l’hôpital de Garches qu’en faisant de l’accrobranche dans une forêt de la France profonde. D’autant qu’avec 800 chiropracteurs contre 85.000 kinés, ces derniers devraient avoir encore de beaux jours devant eux…

Mais Demorand de poursuivre : « En sortant potentiellement du champ des soins remboursables des actes pourtant essentiels, le gouvernement fait un premier pas en offrant sur un plateau une fraction du système de santé aux assureurs privés et aux mutuelles. » Essentiels, ça se discute, mais il n’est effectivement pas faux qu’en raison du manque de praticiens, la délégation ou le transfert pur et simple de tâches médicales à des paramédicaux est très tendance au ministère de la Santé : suivi des anticoagulants par les pharmaciens, des patients diabétiques ou hypertendus par des infirmières, sages-femmes assurant des actes de gynécologie, orthoptistes palliant le manque d’ophtalmos, etc. Mais toujours avec prise en charge par la Sécu.

Il n’en va pas de même pour la chiropraxie, elle non remboursée, mais couverte variablement par de plus en plus de mutuelles. Conclusion du chroniqueur du Point : « L’obligation faite aux entreprises de souscrire des contrats d’assurance maladie complémentaire à destination de leurs salariés » (depuis le 1er janvier 2016) cachait en réalité un « transfert programmé des soins non organiques – les affections légères – vers l’assurance privée. »

Et il ajoute : « Toutes les études montrent pourtant que ce format d’assurance maladie gérée par le privé pèse bien plus lourd sur le PIB des États qui l’adoptent, contrairement à ceux qui s’appuient sur une assurance maladie publique. »

C’est étrange, parce que les Belges, les Allemands ou les Suisses, qui choisissent leurs assureurs maladie, sont aussi bien soignés que nous, mieux pris en charge financièrement, et pour beaucoup moins cher que les cotisations que le système ponctionne aux Français. Et pour une raison simple : notre assurance maladie monopoliste est de moins en moins assureur, et de plus en plus système de redistribution tous azimuts, à commencer par les syndicats « représentatifs », mais de pas grand monde…

Demorand livre toutefois la clé explicative de son mode de pensée : « Les Français sont historiquement fiers des deux piliers de leur démocratie que sont la santé et l’éducation ». Ce fut peut-être vrai, mais ça s’approche franchement de la date limite de consommation.

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