Editoriaux - Histoire - Justice - Politique - Société - 13 mars 2018

L’affaire de Tarnac : terroristes ou libertaires ?

Depuis dix ans, on avait fini par l’oublier, ce fait divers qui aurait pu être tragique. Les huit personnes du « groupe de Tarnac » sont jugées, depuis le 13 mars, devant le tribunal correctionnel de Paris : elles sont accusées de « dégradations » sur une ligne TGV, dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008.

Les suspects avaient été arrêtés dans le village corrézien de Tarnac. Le gouvernement de l’époque prenait l’affaire très au sérieux, soulignant les « risques de résurgence violente de l’extrême gauche radicale ». Plusieurs personnes furent mises en examen pour « association de malfaiteurs à caractère terroriste ». On allait voir ce qu’on allait voir !

Mais l’enquête piétine, s’embourbe, se dégonfle. De cinq lignes initialement sabotées, la Justice n’en retient plus qu’une. Un procès-verbal de la police est contesté, fait l’objet d’une plainte « pour faux et usage de faux en écriture publique », les policiers invoquent le secret-défense. Des inculpés et des policiers semblent avoir le don d’ubiquité, se retrouvant à plusieurs endroits à la fois.
Finalement, au bout de neuf ans, la qualification de « terroriste » est abandonnée. Reste l’« association de malfaiteurs » : le tribunal devra décider si les prévenus ont bien commis un acte de sabotage en 2008.

Tout cela fait désordre. « Ça va être l’autopsie d’un fiasco. L’ensemble des magistrats instructeurs n’ont eu pour seul objectif que de couvrir les manipulations de la police », affirme l’un des avocats de la défense, cité par Libération. Le déroulement du procès apportera peut-être quelques éclaircissements. Difficile de croire qu’il s’agisse d’un montage policier et politique, comme on en a connu de célèbres au cours de l’Histoire. Ni d’un acte terroriste de grande envergure.

Une autre piste semble plus vraisemblable. Le petit village de Tarnac, ces dernières années, s’est enrichi (si l’on peut dire) de « néoruraux » venus de la ville. Un peu comme les militants gauchistes ou autogestionnaires qui se joignirent aux paysans du Larzac. Comme les « zadistes », aussi, parmi lesquels des anarchistes violents côtoyant des libertaires et des utopistes qui rêvent d’une autre société. Au-dessus d’une épicerie, une banderole donne le ton : « De Tarnac à Bure, non à l’enfer nucléaire. »

Même sans qualification terroriste, ces actes de malveillance, s’ils sont confirmés, ne sont pas anodins. À la vitesse où roulent les TGV, on imagine les dégâts que peuvent occasionner des crochets métalliques fixés sur des caténaires. On n’ose pas se représenter les conséquences, si des terroristes organisés avaient l’idée de saboter des voies. Espérons que la SNCF et les services de renseignement prennent des dispositions draconiennes pour assurer une sécurité maximale.

Quelles que soient les motivations des prévenus, si la réalité des faits est avérée, ce genre d’acte est particulièrement irresponsable.

La frontière entre le vandalisme protestataire et le terrorisme peut être ténue.

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