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Laurent Wauquiez, tête de Turc des médias… et de son propre camp ?


Magistrat honoraire et président de l'Institut de la parole

 

Rien de plus décisif, pour dénoncer une polémique ou fragiliser une conviction, que de s’interroger sur le point de vue inverse. Ainsi, il n’aurait pas fallu, dans un tract des Républicains, proclamer « Pour que la France reste la France » ?

La cause me semble entendue, mais avant d’y revenir, je souhaiterais m’attarder sur la présidence et la situation de Laurent Wauquiez, qui fait l’objet de mille attaques, les pires étant celles de son camp.

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On a bien compris que Laurent Wauquiez, depuis quelques mois, est devenu la tête de Turc privilégiée de certains médias qui ont besoin de s’acharner à l’encontre d’une personnalité qui à la fois leur déplaît et les dépasse. J’ai conscience, comme tant d’autres observateurs, que Les Républicains stagnent et qu’il n’est pas encore parvenu à imprimer non seulement sa marque mais celle du parti dans l’espace public.

On n’a jamais connu une configuration politique où la droite classique était autant prise en étau entre la soie, le velours et l’imperium macroniens – les électeurs de gauche s’en plaignent de plus en plus – et le RN ex-FN dont la moindre idée juste fait peur à la direction de la famille voisine qui craindrait d’être stigmatisée si elle l’adoptait.

À l’évidence, Laurent Wauquiez est désarçonné par la vision d’un paysage qui, apparemment, ne donne plus de marge de manœuvre à la droite qui est la sienne et qui a été tout de même largement validée lors de son élection comme président.

Il a tort, à mon sens – comme les adversaires de Nadal s’obstinant à jouer sur ses points forts -, de s’en prendre au président de la République dans les domaines où ce dernier n’est pas vraiment critiquable. Il devrait plutôt combattre ce qu’il y a encore de gauche chez Emmanuel Macron et qui concerne le champ sociétal et judiciaire. Sur ce plan, il aurait les coudées franches et du grain à moudre. Il y aurait de la place pour une opposition intelligente et pugnace.

S’il avait l’intelligence stratégique et l’audace intellectuelle d’un François Mitterrand qui, n’ayant pas eu peur du Parti communiste, a su l’étouffer par l’union, il ne rejetterait pas mécaniquement l’hypothèse d’une union de la droite classique avec la droite extrême. Quand celle-ci sera débarrassée d’une Marine Le Pen qui, pour le meilleur – elle a purgé le FN des délires et des provocations historiques – et pour le pire – sa démagogie attrape-tout -, a rendu cette union à la fois plausible mais, en l’état, inconcevable.

Mais faut-il, alors, rajouter de la bile qui revient à peu près à exiger que Laurent Wauquiez ne reste pas Laurent Wauquiez et que la droite se passe du réel ? Tout cela pour s’obtenir les bonnes grâces de ceux qui ne voteront jamais pour elle dans sa pureté et son intégrité ?

Pourquoi récemment Virginie Calmels (sur France Inter) – recadrée ensuite par Laurent Wauquiez et Brice Hortefeux – a-t-elle éprouvé le besoin de critiquer le libellé de ce tract des LR : « Pour que la France reste la France » ? Convenait-il de le juger « un peu déséquilibré » et « peut-être inutilement anxiogène » ?

Alors qu’il n’était pas « anxiogène » mais tout simplement anxieux et qu’il y avait de quoi.

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Refuser de combattre cette part de la réalité qui multiplie les inquiétudes du pays (sans doute la plus fondamentale est-elle celle de ne plus se sentir chez soi sur son propre sol), voilà qui suscite l’angoisse. Pour la dissiper, il faut nommer, cibler et reprendre possession de son propre pays. Une dissimulation sous le tapis démocratique de ce qui blesse l’identité française ne ferait qu’instiller à nouveau la tranquillité factice du juppéisme dans une France qui a besoin de vérité et d’action.

Je n’oublie pas que Virginie Calmels, avec sa frileuse maladresse, a été, comme d’autres avant elle, piégée par la peur panique, face à un média progressiste (pour être aimable), de laisser apparaître la plus petite similitude entre le RN et les LR.

De sorte qu’on aboutit à ce paradoxe pervers de voir les seconds renier ce sur quoi ils ont toujours été vigilants parce que le premier a eu la même crainte. Qu’on continue de la sorte et les LR n’oseront jamais être eux-mêmes, à force de ne pas vouloir être pris pour d’autres !

Oui, la France doit rester la France. Proférer cela, le maintenir, le revendiquer n’implique pas de plonger dans un enfer ceux qui l’honorent.

Mais de faire partir ceux qui n’y ont pas droit ou la renient de l’intérieur.

Extrait de : Justice au Singulier

Magistrat honoraire et président de l'Institut de la parole

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