Livre

Dictionnaire du conservatisme

de Frédéric Rouvillois, Olivier Dard et Christophe Boutin

Docteur en droit, journaliste et essayiste
 

Véritable viatique de l’antimoderne que cet original et coruscant Dictionnaire du conservatisme où, sous la direction à six mains des professeurs Dard, Rouvillois et Boutin – respectivement historien et juristes – se sont donné rendez-vous les plus fines plumes de la droite littéraire et politique française. Sans les citer tous (pas moins de 104 !), relevons les noms bien connus d’Alain de Benoist, François Bousquet, Chantal Delsol, Jacques de Guillebon, Gérard Leclerc, Anne-Marie Le Pourhiet, Olivier Rey, Rémi Soulié ou encore l’abbé Guillaume de Tanoüarn, sans oublier nos coordonnateurs précités qui donnèrent avantageusement de leur talent pour nourrir cet opus à nul autre pareil.

Chacun a apporté sa pierre à un édifice conceptuel – le conservatisme – dont, sitôt fermé cet incomparable dictionnaire, on finit par avoir une idée à peu près nette. Plus de deux cents notices ont été nécessaires pour en donner une image à peu près plausible, attendu que « le conservatisme possède une épaisseur sans commune mesure avec celle qu’on lui prête », précisent les maîtres d’œuvre de ce colossal ouvrage de plus de mille pages appelé, désormais, à être rangé parmi les grands classiques de l’histoire des idées politiques.

Le lecteur puisera son miel dans ce que l’on peut, sans crainte, qualifier de manuel intellectuel de combat tant « dans [ce] monde moderne, qui n’est plus qu’un monde du doute, de la déconstruction et de l’ironie, plus rien ne va de soi ». Le conservatisme invite à restaurer moins un hypothétique et impossible ordre ancien qu’une permanence des structures humaines et sociales. De ce point de vue, le conservatisme implique un certain attachement à la tradition. C’est ce que l’historien Dominique Venner appelle le « traditionisme », par opposition au traditionalisme qui s’apparente beaucoup plus à un attachement parfois irrationnel à des institutions politiques ou religieuses n’ayant souvent plus court. Le traditionisme postule que « chaque peuple porte une tradition, un royaume intérieur, un murmure des temps anciens et du futur. La tradition est ce qui persévère et traverse le temps, ce qui reste immuable et qui toujours peut renaître en dépit des contours mouvants, des signes de refus et de déclin. […] Elle plonge dans l’histoire, mais elle est au-delà et en deçà. […] Sans que nous le sachions, elle continue de vivre en nous. Comme un leitmotiv musical, elle est le thème conducteur. Elle est fondatrice » (Histoire et tradition des Européens. 30.000 ans d’identité, Éditions du Rocher, Monaco, 2004).

Rien ou presque n’a été omis parmi les riches occurrences qui participent, de près ou de loin, à la mise en chair du conservatisme. Instinctivement de droite parce que, comme le souligne Jean-Louis Harouel, « dans des pays forgés par un millénaire et demi de chrétienté, être de droite constitue la manière normale de penser, de sentir et d’agir », le conservatisme n’est pas sans lien, nonobstant, avec ce lointain « communisme traditionnel et presque inconscient du Moyen Âge », tel qu’un André Mater pouvait le louer dans son Socialisme conservateur et municipal paru en 1909. C’est donc que le conservatisme serait d’essence médiévale, consubstantiel à une époque où le christianisme constituait l’indépassable horizon d’une société d’hommes (liges, vassaux, feudataires…) ayant provisoirement renoncé aux empires.

Loin du « juste milieu » louis-philippard trop contingent et inconstant par rapport aux extrémités à équidistance desquelles il est censé se situer, le conservatisme renouerait avec une certaine vertu antique qu’Aristote dénommait la « médiété », soit cette aiguille de midi tenant l’homme à l’écart de ses trop naturelles tendances centrifuges à l’hubris. Le conservatisme serait ce souci politique – comme dirait Pierre Boutang – visant à ordonner la Cité autour du « Bien commun », eudémonisme social « s’opposant à toutes les dérives actuelles des sociétés démocratiques modernes ».

Maurras aurait dit qu’être conservateur, c’est d’abord se conformer aux principes de la politique naturelle.

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