Livre

Droite-gauche, ce n’est pas fini

de Jean-Louis Harouel

 

Le dernier ouvrage de Jean-Louis Harouel a un seul défaut, qui ne doit pas décourager le lecteur : son aspect. Couverture rébarbative, titre faussement provocateur qui répond à la fois à Alain de Benoist et à Marianne (et qui est donc plutôt un contre-titre), maison d’édition conventionnelle. On dirait un de ces pamphlets des années 90 que Gibert vend d’occasion sous étiquette jaune. Très dommage car, hormis cela, il n’y a, en revanche, rien à jeter à l’intérieur.

Partant du postulat que, comme le titre l’indique, le clivage gauche-droite n’est pas dépassé, l’auteur remonte avec une incroyable maestria aux origines culturelles et idéologiques de la gauche et de la droite. Il les définit, en substance, comme un antichristianisme (la gauche) opposé aux valeurs du christianisme (la droite) et se construisant, précisément, contre lui et son héritage. Bien sûr, il y a un biais dans cet ouvrage, qui est l’œuvre d’un auteur chrétien de droite, mais quel souffle et quelle profondeur dans la généalogie de la gauche !

Revenant aux sources premières des grandes hérésies chrétiennes que furent la gnose et le millénarisme, Jean-Louis Harouel explique patiemment les choses, avec une pédagogie limpide et un argumentaire imparable. Selon lui, la pensée de gauche serait l’héritière naturelle (si l’on veut) de ces deux courants mortifères. Chaque phrase vaut de l’or et il sera bien difficile de résumer, en une poignée de lignes, un raisonnement aussi solide et un héritage aussi vertigineux. Essayons tout de même.

La gnose : des gens qui croient en la bonté native de l’homme, qui sont persuadés qu’il détient en lui une parcelle de divin, des gens qui méprisent le corps qu’ils maltraitent (par la haine de la fécondité et la pratique de la luxure), qui croient que tout est permis à l’homme qui porte en lui des étincelles de sainteté.

Le millénarisme : des gens qui croient à un sens de l’Histoire, qui pensent que le monde marche vers l’accomplissement, par l’homme seul, d’une société heureuse, qui pensent que tout est justifié par l’objectif d’un changement de société puisque, là aussi, ce n’est pas l’homme qui est mauvais mais l’organisation qu’il a construite. La filiation saute aux yeux à chaque page.

Le rappel, bienvenu, sur la parenté naturelle entre la droite et le christianisme, qui suit la description de la gauche, est bien évidemment salutaire lui aussi, tout autant que l’est celui du caractère intrinsèquement gnostique et luciférien du national-socialisme. On lira, par exemple, avec grand intérêt les rappels de l’auteur sur la liberté de l’homme comme valeur première de la droite, sur la reconnaissance de l’existence du Mal dans la nature humaine, sur le libéralisme bien compris (qui prend appui sur le corps social, les structures familiales, etc.), tout cela étant à rapprocher, pour sourire ou pas, des prises de position de la droite dite « républicaine ».

Pour autant, c’est vraiment plutôt, me semble-t-il, dans la description méthodique du dérèglement mental intrinsèque de la pensée de gauche qu’excelle Jean-Louis Harouel. Il cite, au début de son livre, la très célèbre phrase de Chesterton sur les idées de gauche, « idées chrétiennes devenues folles », précisant avec justesse qu’elles sont folles mais pas vraiment chrétiennes. La démonstration qui suit, sur l’absolutisation de l’individu et la relativisation du Mal, en est l’exacte illustration. Accessible et irréprochablement construit, le livre de Jean-Louis Harouel est une œuvre de mise en perspective de haute volée.

De là à dire que « ce n’est pas fini », encore faudrait-il savoir si le discours de droite, tel qu’il est ainsi défini, est encore audible aujourd’hui, au-delà du cercle des convaincus – en un seul mot pour le moment.

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