Mai 1968-Macron 2018 : la fin d’un cycle

Les blocages et occupations actuels d’universités, dont celle de Nanterre, nous rappellent des souvenirs. En effet, le 2 mai 1968 était organisée une journée « anti-impérialiste » à l’université de Nanterre, marquant le début de Mai 68. La période qui a suivi a été caractérisée par l’affaissement de l’autorité de l’État, qui n’ose plus s’imposer et, au final, la prise du pouvoir politique par le monde des affaires. L’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République ne signifie pas le début d’un nouveau monde, mais la fin d’un cycle commencé en mai 1968. Pour autant, la primauté du régalien, comme le naturel, revient au galop.

Les « événements » de mai 1968 sont l’aboutissement de revendications ouvrières ainsi que d’un vent de liberté et d’évolution des mœurs qui ont eu pour conséquence la perte de valeurs collectives comblée par un consumérisme et un individualisme exacerbés que l’on retrouve sur les réseaux sociaux. Mais c’est l’effondrement de l’autorité dans la société en général, et celle de l’État en particulier, qui marque cette période de notre histoire. C’est parce qu’il a été « interdit d’interdire » que l’on n’ose pas reconquérir aujourd’hui les zones de non-droit sur notre territoire, que l’on n’ose pas avouer une nécessaire sélection à l’entrée de l’université, que s’est développé un islam radical politique sous couvert de respect d’une laïcité molle ou encore que l’on tolère toutes les revendications communautaristes et l’envahissement par des migrants illégitimes. La baisse du budget de la Défense depuis trente ans et le non-respect des lois de programmation militaire successives sont un symptôme de cet affaissement. On n’ose même plus se défendre. Cette période a été, aussi, caractérisée par un processus politique de dépossession du peuple de son destin, dont le reniement du résultat du référendum de 2005 sur la Constitution européenne est l’exemple parfait, sans réaction du peuple jusqu’à maintenant.

Faut-il pour autant désespérer ? Je ne le crois pas car c’est sur cet effondrement de l’autorité de l’État et la désolation des Français devant cette situation que l’élection d’Emmanuel Macron, avec seulement 24 % des voix au premier tour, a été rendue possible ! Mais les fruits attendus de ses promesses électorales ne sont et ne seront pas au rendez-vous et sa politique libérale appauvrira les services publics – ce que n’attendaient pas les Français.

« Tous ceux qui travaillent seront gagnants », a-t-il proclamé, le 13 février, devant la presse. Mais le pouvoir d’achat diminue sous le coup des taxes et des impôts, les retraités sont les premiers perdants. Les richesses sont encore plus injustement réparties, avec la disparition de l’ISF, et les salaires augmentent peu. L’endettement du pays continue et son déficit commercial structurel n’a jamais été aussi haut. La croissance est conjoncturelle et fragile. Le chômage ne régresse pas, ou peu, faute d’un protectionnisme intelligent et d’une absence de réindustrialisation. Et que dire de notre politique agricole qui reste momifiée par le carcan européen ?

D’un autre côté, l’insécurité chronique persiste et ce n’est pas le concept fumeux et recyclé de politique de sécurité du quotidien ou la privatisation envisagée d’une partie des missions régaliennes de police qui changera quoi que ce soit dans la persistance de nos zones de non-droit salafisées. Le maintien des services publics sur l’ensemble du territoire – santé, Éducation nationale, Justice, SNCF – est aussi dans la ligne de mire des gouvernants d’aujourd’hui. Les Français attendent d’un chef de l’État, qu’il ait une vision, un cap ; ils ne l’ont pas. Le retour de l’autorité de l’État est inéluctable car la réalité sociale, humaine, sécuritaire et identitaire s’imposera, de gré ou de force, ou alors ce sera la chienlit, la vraie. On ne dirige pas un pays comme une start-up.

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