15 mai 2018

Mai 68… tout ça pour ça !

Chaque époque connaît ses velléités pseudo-révolutionnaires qui font l’ébahissement des générations suivantes. L’accès de fièvre spectaculaire d’il y a cinquante ans sur les airs de « l’Internationale » en est une parfaite illustration.

Enfants des Trente Glorieuses, ils avaient tout reçu et en privèrent joyeusement les générations suivantes. Refusant toute forme de « domination », ils décidèrent d’appeler leurs parents par leurs prénoms et de « casser du flic ». Il souffla alors un petit vent de liberté sur la France de l’oncle Charles et tout ce beau monde crut que l’on pouvait « interdire d’interdire » et qu’il fallait surtout jouir sans entraves. Évidemment, les lendemains déchantèrent et générèrent la plus grande frustration. Or, les « frustrés », ne connaissant plus ni limites ni morale, sont ceux qui font la pluie et le beau temps en ce début de XXIe siècle.

Ils croyaient changer le monde en donnant la parole aux murs et en promouvant l’autogestion. Ils ont voulu accabler l’autorité et la morale, ils ont voulu opposer l’ordre et la liberté, ils ont voulu rejeter toute forme de verticalité et de transcendance. Ils les ont dénoncés comme des contraintes factices et mortes datant d’une époque révolue. De cette utopie est née la société post-soixante-huitarde qui est la nôtre aujourd’hui. Condamnée à ne vivre désormais qu’en surface, elle se nourrit du conflit permanent et engendre le détraquement universel. La paix hypocrite que nous connaissons depuis cache très mal les injustices engendrées par cette société aux fondements fragilisés.

Les déconstructeurs et les profanateurs sont désormais au pouvoir et s’en donnent à cœur joie. Ils ont inscrit dans la loi leurs revendications d’alors et, toute honte bue, interdisent la moindre contestation. Leur stratégie est celle de la duplicité. Ils vantent les valeurs de la République et encouragent le communautarisme, ils invoquent le vivre ensemble et renoncent à assimiler qui que ce soit. Sous prétexte de lutte contre le racisme, le sexisme, l’islamophobie, ils votent chaque jour des textes plus liberticides. Au son de la fanfare républicaine, ils adoptent toutes les normes économiques et sociétales du grand « marché mondial ». Mais les fractures ne cessent de se creuser et la fanfare joue de plus en plus faux.

Ils ont capté les richesses, les emplois et le pouvoir politique, mais leurs abandons et leurs faiblesses pourraient bien être le prélude à des chutes plus profondes qui nous conduiront à des conflits plus irréductibles. Leur monde se disloque et montre ses limites. L’appétit des biens matériels ne donne finalement pas le bonheur aux hommes, la société de consommation avilit l’humanité au lieu de la grandir.

Un demi-siècle plus tard, nous sommes entrés dans l’ère des héritiers sans mémoire ni testament, de ceux qui ne défendent plus rien et sont uniquement là pour construire leur carrière. Ils avaient promis des lendemains qui chantent et l’avènement d’un monde nouveau. Ces contempteurs de la morale, ces apôtres du Grand Soir, il n’est que de les regarder aujourd’hui pour comprendre leur triste secret. Ils sont, en fait, plus conventionnels dans leurs révoltes que les conventions qu’ils dénoncent.

En mai 68, Cohn-Bendit voulait renverser le capitalisme. Cinquante ans plus tard, il embrasse un banquier d’affaires. Tout ça pour ça !

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