Editoriaux - 13 mars 2018

Mayotte : encore un cadeau empoisonné de Nicolas Sarkozy à la métropole !

Je séjournais à La Réunion, notre île de l’océan Indien, lorsque Mayotte est devenue département français. C’était en 2011.

Nicolas Sarkozy songeait déjà à sa réélection et nos territoires d’outre-mer ont toujours été considérés comme d’utiles réservoirs de voix. Un petit cadeau aux ultramarins et ça permet de faire la soudure dans les urnes…

Je me souviens des discussions animées d’alors, les motifs de satisfaction et les espérances de certains me laissant pour le moins dubitative : « C’est formidable, me disait-on, au moins, comme ça, ils vont rester chez eux ! » Pauvres naïfs…

Il faut les comprendre, les Réunionnais. Ils n’en peuvent plus, de la déferlante des « Comores », comme ils les appellent ; de ces familles qui, à les en croire, raflent tous les logements sociaux et les aides qui vont avec, qui alimentent les bidonvilles autour du port et la délinquance qui, là aussi, en est le corollaire. Dans un département où le chômage dépasse les 25 %, c’est une bombe à retardement.

Il faut l’hypocrisie d’un Wauquiez pour en accuser l’actuel gouvernement, comme il l’a fait voilà dix jours, alors qu’il allait racoler, lui aussi, en vue de la législative partielle de dimanche prochain : « Mayotte est submergée par une immigration illégale qui n’est pas gérée, a-t-il dit. On ne peut plus continuer à accueillir à Mayotte autant de personnes qui viennent de l’ensemble des Comores et de toutes les îles qui sont autour. Et le devoir de la République, c’est d’abord de s’occuper des siens. De s’occuper de ses enfants, de ceux qui sont les citoyens de notre pays. »

Et avec une maternité, à Mamoudzou, qui enregistre près de 10.000 naissances par an, on en fabrique, des petits Français ! C’est ainsi que Mayotte compte la plus forte densité de population en outre-mer, avec 682 hab/km2 en 2017, contre 565 en 2012.

Le gouvernement dit alors réfléchir à un statut d’extraterritorialité pour cet établissement hospitalier, statut qui pourrait aussi concerner la Guyane. Ce serait un « hôpital où, quand on y naît, on est ensuite déclaré (pour l’état civil) soit côté français, soit côté Comores, soit côté Madagascar », a déclaré le ministre Girardin. Hélas, il y a de fortes probabilités pour que cette mesure soit déclarée inconstitutionnelle.

De son côté, Laurent Wauquiez réclame une modification de l’accès à la nationalité française, soit l’impossibilité de l’acquérir pour un enfant né de parents clandestins. C’est aussi ce que préconisait Baroin lorsqu’il était en charge de l’outre-mer sous le dernier gouvernement Chirac. Proposition faite, également, par Estrosi en 2008 sous Sarkozy. Mais Chirac n’a pas bougé, et ce qui était encore envisageable du temps où Mayotte n’était qu’une collectivité est devenu impossible dès lors que Nicolas Sarkozy en a fait un département français. Alors, avant de donner des leçons, que les ex-RPR devenus Les Républicains balayent donc devant leur porte. D’autant, cela mérite également d’être rappelé, que c’est sous le même Chirac que l’acquisition de la nationalité française est devenue automatique (sans même que la demande en soit faite) pour tout enfant né de parents étrangers et vivant sur le sol français depuis au moins cinq ans.

Autre point épineux que peu se hasardent à soulever : le régime de droit islamo-coutumier (rendu par les « cadis » – juges musulmans) de ce département. Aujourd’hui, les Mahorais peuvent en effet choisir entre « le statut de droit commun », identique à la métropole, ou bien le « statut personnel », soit un statut « dérogatoire au Code civil et à la laïcité, réservé aux musulmans originaires de Mayotte (ou éventuellement d’autres îles des Comores ou du nord-ouest de Madagascar) ». Cela permet aussi bien la répudiation des épouses que la polygamie (pourtant officiellement interdite) et gère le droit des successions comme le droit foncier.

Voilà pour « les citoyens de notre pays » chers au cœur – à moins que ce ne soit aux urnes ? – de monsieur Wauquiez.

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