Editoriaux - Histoire - Polémiques - 13 juin 2018

Médine Zaouiche persécuté par les ligues de vertu ?

La furie délatrice ne connaît désormais plus de répit. La dernière victime en date ? Le rappeur Niska qui, censé donner un concert à Ivry-sur-Seine, pourrait bientôt remballer son micro après avoir été accusé par l’association Femmes solidaires de tenir des « propos méprisants, sexistes et violents envers les femmes ».

Bertrand Cantat qui, en la matière, aura au moins joint le geste à la parole se voit lui aussi obligé d’annuler sa tournée. Qui sera la prochaine victime ? Un autre rappeur ? Médine Zaouiche est assez bien parti pour tenir la corde, depuis que certains entendent lui interdire de se produire au Bataclan. Il lui est ainsi reproché d’avoir, jadis, publié un album intitulé Jihad, titre sur lequel un sabre tient lieu de « J ». Fort bien.

Le problème de ce type de polémiques est qu’elles font généralement assez mauvais ménage avec le sens de la nuance : on se doit d’être pour ou contre, tandis que l’infortuné qui tenterait d’argumenter, en un sens comme dans l’autre, passera immédiatement pour complice des terroristes ou des censeurs. Pourtant, il y a deux faits qu’on ne saurait passer sous silence. Le premier, c’est que l’objet du délit est sorti en 2005, soit dix ans avant la tuerie du Bataclan, et que Médine n’a toujours eu de cesse de condamner le terrorisme islamique. Le second, c’est que le titre Jihad est ainsi sous-titré, sur la même pochette : « Le plus grand combat est contre soi même. »

Détail anecdotique ? Pas du tout, puisque faisant référence au sens même du mot « jihad », lequel signifie « effort ». Ainsi, le « grand jihad » est donc un combat d’ordre spirituel consistant à lutter contre ses démons intérieurs, au contraire du « petit jihad », concept théorisé sur le tard, à l’époque des croisades – quand on parlait beaucoup, des deux côtés de la Méditerranée, de « guerres saintes » –, avant de tomber en désuétude et d’être remis à l’honneur par les Saoudiens, sous forte injonction américaine, à l’époque de l’invasion soviétique en Afghanistan. On le voit, le détail n’a rien d’anecdotique.

Médine Zaouiche a beau s’en expliquer, rien n’y fait. On remarquera que, dans un semblable registre, un Jean-Marie Le Pen s’échine à assurer, depuis des décennies, qu’il n’est pas raciste ; mais autant prêcher dans un violon ou pisser dans le désert… Il est vrai que la personnalité de certains des amis proches du rappeur en question ne plaide pas forcément en sa faveur médiatique : Alain Soral ou Dieudonné, pour ne citer que les plus fameux…

Histoire d’arranger son cas, Médine affirme encore, dans une de ses chansons : « Marianne est une femen tatouée “Fuck God” sur les mamelles », ce qui peut évidemment se discuter, quoiqu’un Léon Daudet n’aurait peut-être pas renié ce diagnostic et que ce n’est certes pas dans Charlie qu’on pourrait lire de pareilles horreurs.

En attendant, la machine vengeresse s’emballe à nouveau. Ce, de façon d’autant plus effrénée qu’il est de plus en plus aisé de se faire une réputation de justicier à peu de frais. C’était déjà vrai pour une extrême gauche qui entendait, naguère, interdire le Front national ; cela l’est désormais pour une certaine extrême droite. Laquelle, ayant été si longtemps victime de semblables manœuvres, devrait être, plus que quiconque, rétive à jouer aux indicateurs de basse police.

Au fait, pour en revenir au cas du Niksa accusé de « sexisme », on ne saurait que trop conseiller aux nouvelles ligues de vertu de se pencher sur le patrimoine de la chanson française, où il reste tant à épurer. Mistinguett, par exemple, et sa chanson « Mon homme ». Là où, précisément, elle chantait ceci : « Il me fout des coups/Il me prend mes sous/Je suis à bout/Mais malgré tout/Que voulez-vous/Je l’ai tellement dans la peau/Que j’en suis marteau. Dès qu’il s’approche, c’est fini/Je suis à lui. »

À côté, Niksa joue vraiment petit bras. Tout comme, dans le registre guerrier, Médine Zaouiche fait un peu figure de Schtroumpf, comparé à l’auteur de « La Carmagnole ».

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