Meilleur Ouvrier de France

Les Meilleurs ouvriers de France sont l’élite de leur profession ? Insupportable pour l’Éducation nationale

Ecrivain, musicienne, plasticienne
 

C’est mon fromager, votre boucher peut-être ou votre caviste ? Ils portent à l’encolure le liseré bleu blanc rouge qui témoigne de leur compétence. Ce sont les Meilleurs ouvriers de France (les MOF, comme on les appelle), champions de leur catégorie professionnelle.

Qu’ils soient coiffeurs, charpentiers, soudeurs ou pâtissiers, ces gens-là ont bossé dur et investi pour préparer un concours qui, jusqu’ici, était jugé par leurs pairs, leur valait la reconnaissance du milieu et, par conséquent, celle de leurs concitoyens-clients. Car ça sert à cela, aussi, le titre honorifique de Meilleur ouvrier de France : à se constituer une clientèle fidèle. Mais, aujourd’hui, les MOF sont en colère et on les comprend.

Ce titre, redisons-le, s’obtient par concours. Ce n’est pas un « examen » au rabais, c’est une compétition où le meilleur gagne. Le top chef de toutes les professions artisanales. Voilà quatre-vingt-dix ans que ce concours existe sans que personne, jusqu’ici, n’y trouve à redire. Oui, mais voilà, la gestion du concours a été reprise, depuis quelques années, par l’Éducation nationale – ô combien brillante, comme on le sait, en matière d’enseignement professionnel… – et confiée au COET, le Comité d’organisation des expositions du travail. Et là, ça coince…

Les MOF s’aperçoivent, en effet, qu’on est en train de les déposséder de leur outil. Précisément en train de le vider de son contenu sous prétexte, une fois de plus, « d’égalité des chances ». C’est ainsi qu’ils ont constitué un groupe, « 100 MOF en colère », et sont allés mardi soir manifester leur mécontentement devant l’Assemblée nationale.

De fait, ce qu’ils dénoncent laisse entrevoir un glissement insidieux vers une dévalorisation certaine de cette récompense. « On nous a bien fait comprendre qu’il fallait rentrer dans les clous de l’Éducation nationale », confie l’un d’eux à BFM, quand une autre explique : « Les organisateurs souhaitent donner le titre de MOF à partir de 10,5 de moyenne aux épreuves, comme à un examen et non un concours. On a vraiment l’impression que cette nouvelle organisation qui défend l’égalité des chances va écorner la reconnaissance que nous avions jusque-là, au niveau national comme international. Les épreuves du concours ont aussi été réduites. »

En face, on se défend avec véhémence, accusant les MOF de vouloir garder la main sur leur concours. Le secrétaire général du COET avance un argument de poids : le titre de MOF étant équivalent à un diplôme de niveau 3 (soit bac+2, BTS ou DUT), il « doit donc respecter les règles de l’Éducation nationale ». « La République française ne peut pas confier un diplôme à de l’entre-soi », dit-il. « Ils [les MOF] voudraient faire un énième compagnonnage. Nous on le vit comme ça. Ils auraient envie de reprendre le concours que ça ne serait pas étonnant. Mais si jamais c’était le cas, ce ne serait plus un diplôme. »

Mais, comme toujours, on s’écharpe sur le nerf de la guerre : l’argent. Car le concours coûte cher. Le COET a donc demandé la participation financière du groupe METRO, enseigne bien connue de la grande distribution, ce qui fait hurler les MOF. Lesquels s’offusquent aussi de voir arriver des non-MOF dans les jurys de concours… Inextricable !

Cette histoire, au fond, me ramène à un univers que j’ai longtemps fréquenté et, pour être franche, je m’étonne que l’Éducation nationale n’y ait pas encore fourré son nez égalitaire : c’est le monde des conservatoires, avec leurs concours d’entrée et de sortie. Et, au-delà, ce que bien des gens ignorent, rien n’est encore acquis : une vie d’instrumentiste, de chanteur, de danseur, c’est une succession d’auditions et de concours EN PLUS des diplômes…

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