Religion

La messe n’est pas un spectacle, dit le pape. Chiche !

 

Lors de l’audience générale du mercredi 7 novembre, le Saint-Père s’est élevé contre ceux qui lèvent leur smartphone et font quelques photos durant la messe.

Si l’on comprend pape François, « la messe n’est pas un spectacle », a-t-il dit, ce en quoi il a parfaitement raison – on reste un peu surpris ! Le père universel de l’Église sait que les fidèles qui se rendent à Rome en pèlerinage, en famille même, participent au Saint Sacrifice sur la place Saint-Pierre pour marquer leur union et leur attachement à l’Église… Une, Sainte, Catholique, Apostolique… Et Romaine, ajoute-t-on in petto.

On y photographie le mouvement liturgique d’une infinie délicatesse et le plus saint qui soit – celui du plus grand des sept sacrements. On admire la beauté de la nature et des œuvres humaines offertes à Dieu, l’art floral, la passementerie, le travail des orfèvres, etc. Qui plus est, les revues liturgiques fourmillent de splendides photos des grandes célébrations. Et l’on voudrait interdire aux pèlerins de garder souvenir d’un voyage – souvent le seul – et de le partager ? Ce voyage qu’à jamais ils garderont dans leur cœur et leur mémoire ?

Voir ces habitus avec une charité débonnaire serait bonne chose. Même les prêtres qui viennent de loin et que le Saint-Père associait dans son « reproche », doivent être reçus comme effectuant le voyage de leur vie.

Partant d’une bonne intention, le pape choisit pour cette année de centrer ses catéchèses « sur l’Eucharistie et la messe ». Mais alors… ne doit-on pas voir en son admonestation quelque effet, qu’il dénonce, d’une cause qu’il chérit ailleurs ? À qui la faute si la sainte messe telle qu’elle est célébrée un peu partout dans le monde est perçue par d’aucuns comme une sorte de spectacle ? Le pape François rappelait pourtant récemment le caractère durable de la réforme liturgique : « Nous pouvons affirmer, avec sûreté et autorité magistérielle, que la réforme liturgique est irréversible. » Non pas que nous tenions ce propos comme plus certain que celui de saint Pie V lors de la promulgation du missel éponyme : « Par Notre présente Constitution, qui est valable à perpétuité, Nous avons décidé et Nous ordonnons, sous peine de Notre malédiction […] que jamais rien ne soit ajouté, retranché ou modifié à Notre missel… » » (Bulle Quo primum). On sait ce qu’il en advint. Aussi l’on peut légitimement – et in petto – s’interroger sur la durabilité du propos de pape François. Mais enfin…

On juge un arbre à ses fruits ! Ainsi le fit Benoît XVI dans L’Esprit de la liturgie, ainsi le fait pape François en ce rappel et par son choix de catéchèse pour l’année nouvelle. L’on peut et l’on doit se réjouir qu’il s’engage ainsi dans l’éducation des fidèles : « À travers ces catéchèses qui commencent aujourd’hui, je voudrais retrouver avec vous la beauté qui se cache dans la célébration eucharistique. » Et qu’il veuille faire redécouvrir ce qu’est véritablement la messe : « Ce qui définit la liturgie est, en fait, l’actualisation du sacerdoce de Jésus-Christ rendu présent […] principalement dans son Corps et son Sang, mais aussi dans la personne du prêtre, dans la proclamation de la Parole de Dieu et dans l’assemblée rassemblée en prière en son nom. »

Alléluia ! La messe est bel et bien une cérémonie chrétienne au cours de laquelle le prêtre célèbre le Saint Sacrifice de l’Eucharistie, actualisation de l’unique sacrifice rédempteur de Jésus-Christ. Elle constitue le point culminant de la liturgie. Le point culminant du monde d’Adam après sa chute.

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