Agriculture - Editoriaux - Table - 4 janvier 2018

Misère et pauvreté pour les oubliés de la mondialisation

La naissance de l’Enfant Jésus dans une étable demeure un éternel signe d’espérance pour l’humanité. Elle nous renvoie aussi à la situation de beaucoup de nos contemporains qui n’ont pas trouvé de place à l’hôtellerie de la mondialisation sauvage et qui vivent dans la précarité, en particulier en milieu rural. On évoque souvent les milliards déversés dans les banlieues mais, loin des grandes mégapoles, la pauvreté silencieuse et invisible des campagnes n’en demeure pas moins une réalité bien réelle.

Sacrifiés depuis longtemps sur l’autel du libre-échangisme le plus déloyal, les agriculteurs en sont les victimes les plus emblématiques. Tous les jours, dans la boue et le froid, 30 % d’entre eux survivent avec 350 € par mois, travaillant parfois dix heures par jour. Alors que, en trente ans, 100 milliards ont été déversés dans les banlieues françaises, le nombre d’exploitations agricoles a fondu de 1,4 million à 452.000 (-68 % en trente ans). En 2016, le nombre de défaillances économiques (liquidations, cessations) a augmenté de 4 % et, en 2017, de 6,7 %.

Les paysans en difficulté génèrent un appauvrissement de tout le monde rural. Les ouvriers, les jeunes néoruraux sans le sou, les petits commerçants qui ont fait faillite : pour tous ces gens-là, les fins de mois sont difficiles, le surendettement est une épée de Damoclès, l’alcool ou le sommeil une échappatoire. Cette pauvreté rurale trouve en partie son terreau dans la crise agricole, mais frappe aussi les familles des classes populaires – en France, la moitié des pauvres ont moins de 30 ans.

Dans ces villages du bout du monde, les loyers sont certes très peu élevés mais les habitations sont souvent indignes et très mal isolées, surtout pour l’hiver. Alors, on bricole. Celui-là installe un rideau sur la porte d’entrée pour couper le vent qui passe comme si on était dehors, cet autre installe des cartons à ses fenêtres en simple vitrage, les montants en bois prennent l’humidité, le bois gonfle, on ne peut pas ouvrir les fenêtres. L’hiver, la température peut descendre à 5 °C dans ces masures.

Pour survivre, c’est le règne de la « débrouille pour tous ». Des missions d’intérim, de l’aide à domicile, des petits trafics, de la cueillette de champignons. L’équilibre est fragile et tient grâce au potager et à l’élevage de volailles. Pour beaucoup, leur chemin, c’est leur fierté… jusqu’au jour où ! Il est, d’ailleurs, difficile d’imaginer la misère de certaines familles qui, derrière des apparences ordinaires, vivent dans l’inquiétude du lendemain. Ils ne savent pas comment régler eau, gaz et électricité à la fin du mois.

Au bout des chemins ou au cœur de nos villages, cette pauvreté est invisible. Elle ne fait pas de bruit, mais surtout contrevient à l’image bucolique que se font beaucoup de nos contemporains de la campagne, depuis leurs balcons parisiens. On remarque plus facilement ceux qui dorment dans les rues de nos grandes villes que ceux qui persévèrent laborieusement dans la France des clochers. Ne les abandonnons pas et formons pour eux des vœux plein d’espérance pour 2018 !

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