Santé

Non, les médecines alternatives ne sont pas (vraiment) des « fake médecines »

Médecin
 

Partant en guerre dans une récente tribune du Figaro contre les médecines alternatives, dites « fake médecines », une centaine de praticiens (rapidement rejoints par d’autres) affirment que ces traitements, dont l’homéopathie, ne sont « en rien scientifiques » et pas efficaces.

En fait, la question est d’emblée mal posée, parce que si la physiologie, la biologie, la virologie, la cardiologie, etc., sont des sciences, la médecine n’en est pas une. C’est un art, qui repose certes sur des connaissances scientifiques, mais qui s’applique à des individus tous différents : on est dans le sur-mesure, pas dans le prêt-à-porter… L’analyse chimique pointue des pigments utilisés par Botticelli ou Michel-Ange nous apprend-elle quoi que ce soit sur les émotions provoquées par les œuvres ? Évidemment non, même si elle peut, en revanche, nous dire si c’est un faux, à quelle date elles ont été faites, si l’artiste a eu des remords, etc.

Le premier principe de la médecine, c’est « d’abord ne pas nuire ». Le deuxième, c’est de faire un diagnostic correct, éliminant tous les autres, avant de proposer un traitement (ce qui suppose d’avoir validé, comme les médecins homéopathes, acupuncteurs ou ostéopathes, la totalité des études de médecine, puis de se tenir au courant, afin de ne pas passer à côté d’une chose grave). Le troisième est d’avoir analysé le traitement médicamenteux sous le rapport bénéfice/risque/alternative. Est-ce qu’il marchera ? Est-ce que ses éventuels effets indésirables ne seront pas supérieurs à ses effets bénéfiques ? Y a-t-il une alternative thérapeutique (éventuellement chirurgicale) ? Tout cela fait, on peut rédiger son ordonnance. Et, en général, l’effet attendu se produit.

Mais pas chez tout le monde, pourtant pour les mêmes symptômes… C’est ici qu’intervient, dans la plupart des cas, l’effet placebo, qui peut se résumer au vieil adage « la façon de donner vaut mieux que ce qu’on donne ». Le même anti-douleur prescrit en cachette marche deux fois moins bien que recommandé chaudement après un long colloque singulier avec un clinicien compatissant et empathique. Il a même été montré qu’une fausse chirurgie (le fait de pratiquer une incision, mais de ne rien changer pour autant) entraîne des améliorations de l’état du patient dans 75 % des cas ! Symétriquement, l’effet nocebo existe aussi, comme chez ces gens qui se sentent mal à côté d’un réémetteur téléphonique, alors qu’il n’est pas encore mis sous tension…

Il est ainsi probable que, chez l’homéopathe, ce n’est pas le produit qui améliore, mais la consultation. Si l’allopathie a déçu, si le médecin 1 ne prétend pas guérir le cancer ou le SIDA avec des granules de perlimpinpin, et surtout si le malade se sent mieux… pourquoi crier haro ? Alors, confrères pétitionnaires anti-« fake médecine », un peu de modestie. Que celui qui a toujours amélioré tous ses patients jette la première pierre ! Et n’oubliez pas que, comme le PS, « toute maison divisée contre elle-même périra ».

Hors les cas graves, le meilleur cadeau qu’un médecin puisse vous faire, c’est son temps. Or, il en manque de plus en plus (mais c’est un autre dossier). Ce pourquoi, peut-être, se développe une certaine méfiance envers la médecine « scientifique », ouvrant un boulevard aux médecines « alternatives » et… aux charlatans ! Et personne n’est oublié : il y a même des spécialistes en médecine prophétique musulmane.

Notes:

  1. À condition qu’il le soit vraiment, ce qui se vérifie aisément sur le site du Conseil de l’ordre.
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