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Nutri-score : encore un gadget européen contre la malbouffe !

Médecin
 

Deux ministres et un secrétaire d’État pour signer en grande pompe un arrêté anti-malbouffe : l’affaire est d’importance ! Il s’agissait de promouvoir le dispositif d’étiquetage à cinq couleurs Nutri-score, visant à mieux informer les consommateurs des aliments à favoriser ou à éviter.

Pour harmoniser les règles de l’alimentation, c’est (comme toujours) l’Union européenne qui était aux manettes. Elle a, certes, rendu l’étiquetage nutritionnel obligatoire (qu’il s’agisse des ingrédients, des dénominations ou des allergènes), mais elle a laissé chaque État membre libre d’opter pour le code graphique de son choix. Cette délicate et trop rare attention a donc permis à la France d’expérimenter cinq systèmes différents avant d’élire Nutri-score. Et ça n’a pas été sans mal, puisque quatre membres du comité de pilotage (dont le PDG de l’INSERM) – jugeant un peu envahissante la présence de lobbyistes de l’agroalimentaire et des grands distributeurs – ont préféré en démissionner…

De plus, si beaucoup des plus gros industriels ont accepté de jouer le jeu, six d’entre eux ont quand même décidé de développer leurs propres systèmes de signalement. Bref, chacun fait sa propre mayonnaise mais… soigneusement étiquetée !

Il suffit de demander à un enfant s’il préfère le menu frites-mousse au chocolat ou le endives-pomme pour savoir que, depuis la nuit des temps, les-hommes-et-les-femmes (je me suis mis au macronien) ont une dilection pour le gras, le salé et le sucré. Et ça tombe rudement bien pour les industriels, puisque comme ça ne coûte rien, ils peuvent en fourrer partout. Avant de rajouter de la flotte pour faire du poids…

Résultat : l’obésité et le surpoids frappent encore beaucoup de Français, enfants et adultes, sans oublier nos hôtes étrangers, et surtout chez ceux que l’on appelait jadis les économiquement faibles. De beaux efforts ont bien été faits par certaines cantines scolaires pour former à une alimentation saine et équilibrée, mais l’éducation nutritionnelle se fait surtout à la maison. À condition que la mère en connaisse elle-même les rudiments, et que ses conditions de vie ne l’obligent pas à jeter n’importe quel surgelé dans une poêle avec un œil sur Plus belle, la vie

L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail doute donc assez logiquement de l’utilité du Nutri-score : « L’analyse montre qu’aucun des cinq systèmes d’information nutritionnelle examinés ne peut être qualifié de pertinent au regard des enjeux actuels de santé publique. » La loi Évin et son célèbre « À consommer avec modération » ont-ils réduit l’alcoolisme ? Le paquet de cigarettes neutre et ses illustrations de films d’horreur ont-ils découragé beaucoup de fumeurs ? Il est à craindre que Nutri-score ne fera pas beaucoup mieux…

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