Editoriaux - International - Table - 16 avril 2018

Il n’y a pas de quoi être fier de la participation de la France au bombardement de la Syrie

J’ai trois fois honte de la France après que ses forces ont, dit-on, participé au « frappes » (admirable euphémisme qui signifie simplement bombardement) en Syrie.

D’abord, parce que le point de départ de ces supposées actions punitives est un mensonge. Tous ceux qui suivent les affaires syriennes depuis plusieurs années savent qu’on n’a jamais pu imputer avec certitude l’usage d’armes chimiques à Bachar el-Assad : le général James Mattis, secrétaire d’État américain à la Défense, l’a reconnu récemment. Ce fut le cas, en particulier, dans la même Ghouta (qui fait parler d’elle aujourd’hui), le 21 août 2013, où, après un tollé international semblable à celui que nous venons de connaître, il s’est avéré, en fin de compte, qu’il s’agissait d’une provocation du groupe islamiste Al-Nosra (Al-Qaïda). En interdisant son gouvernement d’intervenir, le Parlement britannique avait alors évité une escalade très dangereuse. Comment Assad serait-il assez fou pour utiliser des armes chimiques, au demeurant peu opérantes, alors qu’il vient de gagner la partie ? Il n’est pas de la vocation de la France de risquer la vie de ses soldats pour des mensonges.

Ensuite, parce que notre pays donne, dans cette affaire, le sentiment de s’être totalement inféodé à l’OTAN, et donc aux États-Unis. Il est comme le roquet qui suit le gros chien – et parfois tente de le précéder. Indigne rôle que le Président Macron lui fait jouer. Il espère, sans doute, qu’une action militaire le rendra populaire ; sûrement pas dans ces conditions. Les Français veulent des chefs, c’est vrai, mais des chefs libres. Il y a peu de chances qu’ils lui sachent gré de cette lamentable expédition.

Enfin, parce que l’entreprise, quel qu’en soit le résultat, est vue par le reste du monde pour ce qu’elle est : les riches et les puissants bombardent les pauvres et les faibles, et cela, circonstance qui rend la chose plus abjecte, au nom de la morale. Est-il vraiment dans la mission de la France de s’associer à ce genre d’action ? La France du général de Gaulle fut aimée dans le monde précisément parce qu’elle avait su échapper à cette logique en prenant ses distances avec les États-Unis, tout en demeurant son allié sur l’essentiel. De même, on sait combien Chirac se rendit populaire en refusant de participer, en 2003, à l’expédition contre l’Irak, dont on connaît les suites désastreuses.

Ajoutons qu’en Syrie, le sort des chrétiens d’Orient est en jeu. En confèrant du crédit aux djihadistes, qui ont probablement organisé le simulacre d’attaque à l’arme chimique pour l’imputer au gouvernement Assad, et en bombardant la Syrie, les Occidentaux continuent de faire la guerre aux chrétiens d’Orient, qui sont une des cibles majeures des Frères musulmans que nous soutenons. Cette position est particulièrement déshonorante pour la France qui avait, depuis François Ier, la mission de les protéger. Il est un peu scabreux d’avoir compati sur leur sort devant les évêques de France pour les combattre immédiatement après sur le terrain.

Non il n’y a pas de quoi être fier de la participation des forces françaises aux « frappes » sur la Syrie.

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