Folamour

Le président Trump confirme Jérusalem capitale de l’État d’Israël et y transfère l’ambassade. Et la France ?

Avocat, universitaire, essayiste
 

Comme bien souvent quand Donald Trump prend une décision, elle est surinterprétée de façon épidermique et superficielle par les « commentateurs ». Pourtant, il y a déjà plus d’un demi-siècle que les États-Unis avaient reconnu que Jérusalem était bien la capitale d’Israël. Mais les « commentateurs » oublient de l’indiquer. Comme ils omettent de signaler que Donald Trump a rappelé, hier, qu’il était favorable à la solution de deux États : palestinien (Jérusalem-Est) et israélien.

D’autres questions sont laissées dans l’ombre.

Emmanuel Macron a cru bon de reprendre le président américain en indiquant l’avoir mis en garde, redoutant que cette déclaration ne mette le feu aux poudres : une « provocation ». Et, donc, il suffirait qu’une des parties menace « d’ouvrir les portes de l’enfer » pour que l’on doive se soumettre ?

Il y a des questions bien plus graves : les Palestiniens chrétiens sont de plus en plus minoritaires, menacés ou chassés alors qu’ils étaient majoritaires il y a cinquante ans à Nazareth, alors que les Israéliens arabes (musulmans ou chrétiens), eux, prospèrent même si leur statut n’est pas si facile.

Enfin, il y a la question des lieux saints. L’esplanade des Mosquées est administrée par la Jordanie. Pour les lieux saint chrétiens, la France en est historiquement protectrice (et, d’ailleurs, souvent constructrice du temps des rois français de Jérusalem) depuis l’accord passé entre François Ier et Soliman le Magnifique, par lequel fut reconnu à la France la prérogative de protéger les pèlerins en Terre sainte et les lieux saints. La France est la seule puissance étrangère à posséder des biens dans Jérusalem. Mais elle a oublié que cela engage sa responsabilité et sa dignité.

De l’Empire ottoman aux autorités israélienne et palestinienne, ce rôle lui a été reconnu continûment sur une quarantaine de congrégations et près de 130 établissements, qui sont ainsi définis comme étant « sous protection française ». Toutefois, la question de l’internationalisation des lieux saints chrétiens majeurs (Golgotha, Saint-Sépulcre, Jardin des Oliviers, Via Dolorosa, Nazareth, Bethléem, l’abbaye de Latroun) est oubliée. Manque de fermeté.

L’accord dit Chauvel-Fischer, signé avec Israël en 1948-1949, et l’accord Laboulaye-Middein, signé avec l’Autorité palestinienne en 1997, permettent à la France de continuer à protéger une quarantaine de communautés chrétiennes françaises et leurs établissements (écoles, dispensaires, orphelinats, etc.) en Israël et en Palestine. Cette présence trop molle n’a pas empêché ces communautés de régresser. À Jérusalem-Est et dans les Territoires palestiniens, les chrétiens dans leur ensemble ne représentent plus qu’environ 1 % de la population, et la coexistence est plus difficile qu’auparavant.

La France veille à ce que ces congrégations et établissements puissent continuer à exercer leurs activités dans des conditions satisfaisantes, en défendant leur statut face aux autorités locales, leurs propriétés immobilières, leurs exemptions fiscales issues des accords anciens.

Face à ce rôle pouvant paraître ambigu par rapport à l’idée de laïcité, le rôle de l’État français est d’assurer la liberté de culte et la protection des personnes, y compris au-delà du territoire national, en ce lieu hautement historique et symbolique de Jérusalem. La France doit faire savoir qu’elle est un acteur important à Jérusalem. Mais Emmanuel Macron vient de rater l’occasion. Qui sera surpris ? Le roi lépreux est mort.

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