Justice

Le prof de maths et son élève : Roméo et Juliette ou gros porc et nymphette ?

Ecrivain, musicienne, plasticienne
 

Lundi comparaissait devant le tribunal de Fontainebleau un enseignant de mathématiques, trentenaire aux allures juvéniles, pour « corruption de mineur de moins de 15 ans et atteinte sexuelle sur mineur de moins de 15 ans par personne abusant de l’autorité que lui confèrent ses fonctions ». Il est accusé d’avoir entretenu, durant cinq mois, une relation amoureuse et sexuelle avec l’une de ses anciennes élèves âgée alors de 14 ans.

Amour fou, à ce qu’il dit. Une folie, en effet, d’abord confirmée par la jeune fille qui s’est dite elle aussi très amoureuse et nullement contrainte. Une histoire qui aurait pu enflammer le cinéma ou, au moins, figurer dans la collection Harlequin si le beau-père de la demoiselle, ayant découvert leur histoire, n’avait séquestré l’amant dans sa voiture avant de le conduire de force au commissariat.

La mère, dont la fille est physiquement l’exacte réplique, a donné au tribunal sa vision des choses : « C’est une enfant, une fleur bleue, elle croit au grand amour, il le sait en tant que professeur, il s’est servi de ça pour séduire ma fille… Pour moi, c’est un prédateur sexuel. »

L’expert psychologue qui a examiné l’accusé a souligné pour sa part « sa disharmonie entre maturité intellectuelle et immaturité affective ». Pour résumer : bon en maths mais nul en gestion des relations humaines, ce qui est fâcheux lorsqu’on exerce le beau métier d’enseignant.

L’amoureux transi encourait dix ans de prison et 100.000 euros d’amende. La procureur avait requis cinq ans de prison, dont 24 mois avec sursis et interdiction d’exercer son métier, déclarant : « Si [le prévenu] a pourvu à quelque chose, c’est à son [la victime] éducation sexuelle plus qu’à son éducation en mathématiques. » Si j’osais, je dirais qu’en cela, elle a au moins un avantage sur la majorité des adolescents de son âge qui ne connaissent l’amour qu’à travers le porno… qu’elle regardait peut-être aussi sur son smartphone dans la cour du collège, qui sait.

Au grand dam de la famille et de son avocat, l’enseignant n’a été condamné qu’à dix-huit mois de prison avec sursis et deux ans de mise à l’épreuve. Explication de l’avocat du prévenu : « Il n’est pas un pédophile parce qu’il y a eu une enquête, on n’a rien trouvé qui ait un lien avec d’autres mineurs […] Il n’a pas profité [de la jeune fille], il en était sincèrement amoureux. »

Donc, restent quelques épineuses questions :

1) Est-on sincèrement amoureux à 14 ans ?
2) Un adulte peut-il être sincèrement amoureux d’une adolescente ?

Question subsidiaire : dans notre monde de dingues qui promeut toutes les déviances sexuelles au nom de la liberté, où commencent et où finissent l’anormalité et la perversion ?

Enfin, détail en passant : je crois savoir que Lolita, le célébrissime roman de Nabokov, fait aujourd’hui partie des textes littéraires étudiés dans le cadre scolaire par les adolescents. Cette ode à l’amour d’un adulte pour une nymphette, histoire de la passion dévorante d’Humbert – un homme d’une trentaine d’années – pour Dolorès Haze, alias Lolita, 13 ans, est un classique sur lequel se penchent – et rêvent ? – les jeunes têtes.

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