Document - Editoriaux - Société - 26 janvier 2018

Pour promouvoir la PMA, le camp du bien ne recule devant rien

Le camp du bien n’a aucune pudeur, il s’expose sans retenue et se complaît dans son admiration narcissique de lui-même. Témoin le document concernant les éléments de langage établis par l’AJL, l’Association des journalistes lesbiens (et gay et tout ce qui s’ensuit), afin d’assurer le service avant-vente de la PMA ouverte aux seules femmes célibataires ou en couple. Il est en ligne sur leur site ajlgbt.info, et les conseils qu’il donne ne visent qu’à aider à « un traitement médiatique éclairé, rigoureux et respectueux du sujet ».

Lorsqu’il s’agit de faire parler des interlocuteurs, il est préconisé de donner la parole aux premières concernées qui seraient les femmes militantes d’associations, et ceci pour « un traitement équilibré du sujet ». Trois questions s’imposent ici :

Il est vrai que des militants peuvent, parfois, avoir assez d’honnêteté intellectuelle pour traiter de façon dépassionnée un sujet, mais ce genre d’attitude n’est pas la plus fréquente et se trouve plus souvent chez des tiers non directement concernés par ledit sujet. L’AJL ne prendrait-elle pas ses lecteurs pour des imbéciles ou des gogos ?

Celles qui ne militeraient pas sont donc priées de se taire. Bien pire, les enfants ne sont, semble-t-il, pas des interlocuteurs valables : leur seul intérêt serait pourtant la boussole du gouvernement. Ni, d’ailleurs, les enseignants qui constatent au quotidien, dans leurs classes, les problèmes que pose une éducation par un seul parent, ni les psychologues et soignants divers qui peuvent avoir un avis sur d’éventuelles conséquences de structures familiales sur les enfants. Aucune de ces catégories de personnes n’est jugée digne d’être interrogée par l’AJL. Cela ne ressemblerait-il pas à une confiscation de la parole ?

De plus, mettre en avant des personnes éprouvant un (légitime) désir d’enfant, n’est-ce pas prendre le risque de retranscrire un message où la proportion d’affectif contre le rationnel tend vers un déséquilibre ? La « fabrique du consentement » fonctionne avec du pathos comme matière première et nous le savons depuis que les dictatures totalitaires du XXe siècle l’ont mis en évidence …

Dans la suite du document sont donnés des « éléments de langage ». Il est recommandé de ne pas user de ceux de la Manif pour tous : parler de « PMA sans père » doit être banni ; pareil pour la « PMA de confort » ou du « droit à l’enfant » que ces vilains réactionnaires dénoncent. Que l’élargissement de la PMA, souhaité par l’AJL, éradique le père peut être passé sous silence, ce n’est sans doute pas une information pertinente…

Pour ce qui est de l’argument « La PMA est l’antichambre de la GPA », l’AJL se contente de reprendre celui du gouvernement : ce n’est pas à l’ordre du jour, point final. C’est un peu court de se borner à cet argument, exact au demeurant, mais ça ne convaincra pas grand monde…

Écrire, c’est choisir des mots. Ce n’est jamais neutre. L’objectivité parfaite est une chimère, et il n’est pas ici question d’attendre des journalistes qui seraient convaincus des bienfaits pour la société de la PMA sans père qu’ils abdiquent de leurs convictions pour délivrer un message trahissant leurs aspirations. Mais il y a un concept qui s’appelle la déontologie et qui stipule qu’un journaliste doit la vérité à ceux qui le lisent ou l’écoutent, et qu’il doit s’interdire d’être un propagandiste ou un publicitaire. Avec les recommandations de l’AJL, c’est, semble-t-il, raté.

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