« Nous recherchons dans notre Histoire ce qu’il y a de plus noble. D’autres préfèrent aller voir ce qu’il y a de plus négatif… »

Au lendemain du XVIe congrès du Front national, Boulevard Voltaire a recueilli les impressions et réflexions de Jean Messiha, nouveau membre du Bureau national de ce mouvement. Selon lui, le Front national, qui fut autrefois un parti de contestation, est devenu un parti d’opposition. Mieux : un parti de propositions avec pour ambition d’accéder au pouvoir.

Jean Messiha, nous sortons du congrès du Front national. Qu’en avez-vous pensé ?

C’est une véritable réussite. Ce fut l’occasion de couronner le processus de refondation initié par Marine Le Pen en 2011, basé sur le retour d’expérience, entre autres, de la séquence électorale de 2017.
Cela a aussi permis de lancer un mouvement un peu plus prospectif dans la perspective des élections futures. Ce congrès a posé les bases de la conquête du pouvoir en phase avec les échéances électorales de ces prochaines années.

Ce congrès a-t-il été l’occasion d’effacer la défaite des présidentielles ?

L’élection présidentielle n’a pas été une défaite. Elle n’a, certes, pas été à la hauteur des espérances dans la mesure où nous n’avons pas gagné. Mais avec 34 % des voix et 11 millions d’électeurs, elle constitue un record historique pour notre mouvement depuis sa création. On ne peut donc pas dire que ce fut un échec.
En 2017, nous avons pour autant pâti d’une crise de croissance. Ce congrès doit nous permettre d’être prêts à gouverner et à gagner les prochaines échéances électorales.

De ce congrès, et si les militants le valident, on ne devra plus dire « Front national » mais « Rassemblement national ». Vous n’êtes donc plus un frontiste mais un rassembleur. Pourquoi cette appellation ?

Je pense que cela adoucit l’image du parti. Le Front national de 2018 n’est plus ce qu’il était en 1975 ou 1980. La dénomination « Front » se justifiait lorsque le parti était un parti de contestation, puis d’opposition un peu dure. Aujourd’hui, nous sommes une opposition, pas de droit commun sur le fond, mais sur la forme puisque nous aspirons à gouverner le pays. Il faut que notre dénomination soit ouverte. Le mot « Front » avait une connotation un peu dure et militaire. Il devient « Rassemblement ». « Rassemblement », comme son nom l’indique, c’est rassembler toute la famille des nationaux et des patriotes pour être en mesure de rassembler l’ensemble des Français.

Le Front national acte le fait qu’il est pour un rassemblement de la droite.

Il est pour un rassemblement de tous les Français. Il est pour un rassemblement de tous ceux qui se reconnaissent dans notre projet, qu’ils soient de gauche ou de droite.
Le mot « rassemblement » est un mot très fort. Et le mot « national » a été conservé. C’est l’ADN de notre mouvement depuis une quarantaine d’années.
Ce nouveau nom permet un excellent compromis.

Ce nom renvoie à un parti collaborationniste créé en 1941. Le Front national n’aurait-il pêché par amateurisme, de ce point de vue?

De toute façon, quel que soit le nom que nous aurions pris, un certain nombre de journalistes d’un certain nombre d’organes de presse auraient fouillé dans les poubelles de l’Histoire pour nous ressortir des commentaires tous aussi douteux les uns que les autres.
Je note, au passage, qu’En Marche ! fait référence à un mouvement vichyste collaborationniste qui prévoyait de rassembler les Français sous la bannière de la croix gammée pour combattre le bolchevisme. Bizarrement, aucun média n’a sorti cette histoire quand le mot « En Marche ! » a été prononcé par Emmanuel Macron. Nous recherchons dans l’Histoire ce qu’il y a de meilleur et ce qui a fait de nous ce que nous sommes devenus, un pays majeur : nos racines, nos valeurs, notre héritage, ce qui a constitué la France…
D’autres préfèrent ne pas regarder cette identité ô combien noble et préfèrent aller voir dans l’Histoire les choses les plus négatives.
Ce n’est guère étonnant, compte tenu du fait que ces gens-là sont aussi, par ailleurs, pour la plupart des gens qui haïssent la France. Ils ont une haine d’eux-mêmes qu’ils projettent sur le Front national et sur l’ensemble des nationaux.

Un nouveau nom, la suppression du poste du président d’honneur, une mise à l’écart définitive de Jean-Marie Le Pen dans la famille du Front national… N’avez-vous pas peur que la base de vos militants se sente perdue face à tous ces changements majeurs ?

Je ne pense pas. Tout dépend de ce que l’on veut. Soit on reste un parti de contestation. Évidemment, cela risque de faire plaisir à certains, qui n’ont de cesse de contester perpétuellement. Nous ne sommes plus un parti de contestation ou, en tout cas, pas que cela. Nous ne sommes plus simplement un parti d’opposition, mais nous sommes devenus un parti de propositions.
S’il veut pouvoir un jour être en mesure de conquérir le pouvoir, un parti politique doit un jour assurer sa mue vers une organisation, un nom, une ligne stratégique qui permettent de prendre en main les destinées de la France.

Le congrès du Front national a accueilli Steve Bannon en invité vedette. C’est quelques semaines après le discours de Marion Maréchal-Le Pen aux États-Unis, qui faisait référence à un conservatisme des deux rives.
Que pense le Front national de ce conservatisme des deux rives ?

Le fait d’inviter une personnalité ne signifie pas qu’on s’aligne sur sa position, comme l’a rappelé d’ailleurs Marine récemment. Steve Bannon a été l’un des principaux artisans de la victoire de Donald Trump. Sa visite a été extrêmement vivifiante pour le parti, nous montrant que nous pouvions gagner sans renoncer à ce que nous sommes politiquement. Je pense que les militants et les adhérents ont beaucoup apprécié cela. Moi-même, j’ai beaucoup apprécié l’intervention de Steve Bannon, nonobstant toutes les critiques que les médias du système n’ont pas manqué de faire. De toute façon, quoi qu’on dise, quoi qu’on fasse, nous serons toujours critiqués.

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