Référendum en Suisse sur la monnaie : le non l’a emporté, mais…

Choqué par les mécaniques perverses du krach de 2008 (il fallut renflouer des banques avec l’argent du contribuable, et ce dernier avait parfois perdu ses économies…), le peuple suisse avait décidé (il en a le droit) de voter, ce dimanche 10 juin, pour modifier sa Constitution et y faire entrer l’interdiction, pour les banques, de prêter l’argent qu’elles n’ont pas. Ce sont ces pratiques dévoyées des banques qui gonflent des bulles dont le destin est immanquablement d’éclater, avec les conséquences qu’on a vues. Irving Fisher, puis Maurice Allais, suivis par des dizaines d’universitaires (voir le site Initiative monnaie pleine), avaient de façon pertinente qualifié ces pratiques de « comparables à de la fausse monnaie ».

On votait dimanche sur ce sujet majeur mais, d’une part, la participation a été faible (34 %) et, d’autre part, le non dépasse les 75 %. Les partisans de cette initiative estimaient qu’elle allait mettre la monnaie à l’abri de « l’effet bulle » en soumettant les banques commerciales à une discipline rigoureuse. Actuellement, seulement 10 % de la masse monétaire sont émis par la Banque nationale Suisse (BNS) sous forme de pièces et billets, et les autres 90 % (monnaie scripturale) sont constatés ou créés de manière électronique par les banques commerciales, notamment lorsqu’elles octroient des crédits alors qu’elles n’ont pas les fonds. Un colloque passionnant, à l’initiative du G21 (un think tank) et présidé par le député LR Julien Aubert (Oser la France) s’était du reste tenu à l’Assemblée nationale le 24 mai.

Voici ce que dit, notamment, le Comité monnaie pleine des résultats de ce référendum : « Malgré la campagne massive de confusion et de peur des opposants et la désinformation du Conseil fédéral et de la Banque nationale, près de 25 % ont voté en faveur de l’initiative. C’est un signe fort qui montre que de nombreux Suisses ont compris que la création d’argent par les banques commerciales privées entraîne de nombreux problèmes […] Nous reconnaissons le rejet de l’initiative tout en relevant une contradiction : les sondages de la SSR avant le vote ont montré qu’une majorité ne souhaite pas que les banques commerciales privées créent elles-mêmes de l’argent. Seule la Banque nationale doit le faire. Bien que l’initiative Monnaie pleine avait précisément cet objectif (sic), elle n’a pas obtenu une majorité. Ce résultat montre que malgré notre total engagement nous n’avons malheureusement pas réussi à informer suffisamment la population pour faire face à la campagne de peur des lobbys bancaires […] Les problèmes du système bancaire n’ont pas été résolus et une grande partie de la population est du même avis. Il y a toujours un besoin urgent d’agir, car la prochaine crise est certaine. Les politiciens sont maintenant appelés à prendre des mesures concrètes pour assurer la sécurité de l’argent et le trafic des paiements. En outre, les développements technologiques tels que les monnaies cryptographiques poseront des défis majeurs au système monétaire suisse et à l’économie mondiale […] L’association MoMo, porteuse de l’initiative, est solide et s’est créé un réseau important durant ces dernières années. Selon ses statuts, “l’association s’engage à mettre le secteur financier au service de l’économie réelle et le système monétaire au service de l’homme”. Nous continuerons à poursuivre cet objectif avec conviction dans le futur et nous vous invitons cordialement à vous joindre à nous. »

Car le compte à rebours est entamé : dans un mois ou dans un an, la bulle (dont la masse fictive approcherait le million de milliards de dollars) éclatera, dévastant le monde après avoir enrichi les spéculateurs. Les citoyens devront alors se souvenir que les Suisses ont posé la question de la définition de la monnaie (immuable d’Aristote à Stiglitz) et donc, aussi et surtout, de la méthode et de l’autorité politique qui doit faire respecter – et selon quelle méthode – cette définition.

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