17 avril 2018

La république est le carcan des droites

Plusieurs personnes ont exprimé récemment, sur Boulevard Voltaire, l’idée juste selon laquelle la France n’est pas réductible à un régime politique – la république, en l’occurrence. L’histoire de notre peuple ne commence pas, bien sûr, en 1789 ; les divagations idéologiques des révolutionnaires et leurs crimes de masse ne sont, fort heureusement, qu’un moment de notre très longue et très riche histoire. Cela étant dit, qu’est-ce qui pose un problème dans les « valeurs de la république », et que pourrait-on leur opposer ?

Le « républicanisme », tel qu’il est pensé par les héritiers de l’idéologie révolutionnaire, est un curieux syncrétisme contenant des éléments issus du républicanisme ancien mais dans lequel l’élément libéral est dominant. Ainsi, il est évident que l’individualisme radical de l’idéologie révolutionnaire, lequel est le pire des poisons pour toutes les communautés humaines, est d’origine libérale et il ne fait pas bon ménage avec l’idée de bien commun, c’est le moins que l’on puisse dire. Il y a ainsi une contradiction originelle au sein de l’idéologie révolutionnaire entre individualisme et bien commun ; cette contradiction est en train de se résoudre par l’effacement de la notion de bien commun, qui est un des éléments essentiels du républicanisme ancien, au profit du seul individualisme (d’origine libérale), lequel tend à détruire toute forme de « commun », notamment le commun national. Le « républicanisme » issu de la Révolution française est un poison mortel pour la France, comme pour toutes les nations qui s’en nourrissent.

Comme l’a écrit Jacques Julliard (Les Gauches françaises), ce « républicanisme » appartient en propre aux gauches, lesquelles constituent « le parti de la Révolution ». Dans ce « républicanisme »-là, les droites ne sont pas chez elles ; elles en sont prisonnières et toutes les tentatives visant à fonder une pensée alternative qui ne serait ni individualiste, ni progressiste, ni universaliste, en se référant à tel ou tel acteur de la Révolution française, sont vaines. Aussi longtemps que les droites ne rejetteront pas l’idéologie de la Révolution française et son « républicanisme », elles seront dans l’incapacité de sortir du piège dans lequel elles se sont fourvoyées.

Pour autant, faut-il rejeter toute philosophie républicaniste, comme l’ont fait certains qui, dans le passé, sous prétexte de vouloir rompre avec l’idéologie révolutionnaire, s’égarèrent dans le néo-royalisme ou le fascisme ? Certainement pas. Il est une autre voie possible, celle du républicanisme ancien, un républicanisme dont Machiavel fut sans nul doute le plus brillant des penseurs. Son républicanisme n’était ni individualiste (l’être humain est, pour lui, un être social enraciné dans une communauté), ni progressiste (Machiavel n’a jamais cru à la possibilité d’une amélioration morale des humains, bien au contraire), ni universaliste (le Florentin était, au plus haut point, un patriote), ni égalitariste (il ne croyait pas à l’égalité naturelle). Autant dire que le républicanisme machiavélien ne contient aucune des idées essentielles qui furent celles de nos révolutionnaires et qui structurent les gauches depuis 1789. La « volonté générale », cette doctrine dangereuse (Bertrand de Jouvenel) qui occupe une place importante au sein de l’idéologie révolutionnaire, et tout particulièrement dans la pensée de Robespierre, ne provient pas non plus du républicanisme ancien ; elle a été forgée par Rousseau, lequel avait recyclé une idée utilisée avant lui par Hobbes, entre autres.

Le républicanisme machiavélien ne s’accorde en rien avec le républicanisme des héritiers de la Révolution française et il peut être le fondement d’une pensée républicaniste qui serait une alternative à la très néfaste idéologie « républicaine » des droits de l’homme.

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