Culture

Rétrospective Delacroix au Louvre : un ravissement pour les yeux

« E. Delacroix est universel ; il a fait des tableaux de genre pleins d’intimité, des tableaux d’histoire pleins de grandeur », écrivait Charles Baudelaire dans son article consacré au peintre et dont le musée du Louvre propose actuellement une exceptionnelle rétrospective, qui se tiendra jusqu’au 23 juillet 2018, couvrant l’ensemble de sa carrière.

Depuis les grands formats – Scènes des massacres de Scio ou l’inévitable Liberté guidant le peuple – jusqu’aux tableaux plus intimistes, le choix des œuvres accrochées permet d’appréhender toutes les facettes d’un artiste ayant durablement marqué son siècle et au-delà. Ainsi, entre animaux sauvages, natures mortes, souvenirs d’un séjour au Maroc, nus, intérieurs et scènes religieuses, l’ampleur du talent exceptionnel d’Eugène Delacroix se dévoile dans un double parcours, à la fois chronologique et thématique.

Citons L’Appartement du comte de Mornay, offrant un intérieur décoré à l’orientale, renvoyant à certaines toiles d’Henri Matisse, ayant lui aussi séjourné au Maroc ; Cléopâtre et le paysan, contraste entre la douceur mélancolique de la reine d’Égypte et un paysan fruste lui apportant l’instrument de sa mort, à savoir un serpent ; le Cavalier arabe attaqué par un lion, scène où cavalier, cheval et lion se fondent en un groupe compact ; l’Odalisque, un nu à la fois sensuel et pudique ; ou encore les Baigneuses, réponse d’inspiration XVIIIe siècle au réalisme cru du tableau éponyme de Gustave Courbet.

Des pièces plus rares sont aussi exposées, comme ces deux lettres adressées à George Sand – Delacroix confessant, dans l’une d’elles, son « incorrigibilité misanthropique » – ou encore ces Notes et croquis pris à Meknès, d’une importance capitale pour l’avenir puisque « les notes qu’il y a prises, les aquarelles réalisées, les objets rapportés, rassemblés dans son atelier, lui offrent de composer, jusqu’en 1863, plus de soixante-deux toiles liées au Maroc » (musée Eugène Delacroix).

L’intensité dramatique s’exprimant souvent dans l’œuvre du peintre – voir l’Indienne mordue par un tigre, la victime ondulant avec la bête sauvage ; Othello et Desdémone, à l’instant où le Maure de Venise s’apprête à étouffer son épouse qu’il croit à tort infidèle –, ce dernier ne pouvait faire l’économie du Christ, dont nous découvrons là des représentations picturales édifiantes : leChrist à la colonne, d’Ottawa, toile minimaliste exprimant toute la solitude du sujet, prêt à se faire flageller ; Le Christ au jardin des Oliviers, à l’heure où le Fils de l’homme s’effondre après avoir confié à ses disciples, désormais endormis, que son âme était triste à mourir (Matthieu).

Autant de toiles qui confirment ces propos de l’artiste écrits dans son Journal : « Dans la peinture, il s’établit comme un pont mystérieux entre l’âme des personnages et celle du spectateur. »

La rétrospective du Louvre prouve, si besoin était, que Delacroix est l’un des plus grands peintres français, ce que confirmeront nombre d’artistes majeurs après sa mort, survenue en 1863.

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