Culture - Editoriaux - Histoire - Justice - Radio - 20 mai 2018

Simone de Beauvoir dans la Pléiade : les féministes trouvent encore à râler !

Depuis ce 17 mai, Simone de Beauvoir est entrée à la Pléiade. Les féministes devraient être à la fête ; mais voilà, les filles, ça n’est jamais content et elles ont toujours une bonne excuse pour faire la tête. En l’occurrence, une nénette dans la collection noble de Gallimard – pas celle des imprimés printemps-été de La Redoute, on précise –, c’est bien ; mais ça n’est encore pas assez. Il en faudrait plus et, surtout, il en aurait fallu plus, plus tôt. Jamais contentes, on vous dit.

Pourtant, en deux volumes, c’est toute la vie édifiante de la meuf au Castor qui se trouve sanctuarisée sur papier bible. Car sa vie est un roman. Roman rose et de gare. Avec des rebondissements incessants : le maoïsme sera-t-il encore à la mode à la rentrée ? Plon ou Flammarion ? Brigitte Bardot ou Mylène Demongeot ? Des interrogations propres à vous remuer au plus profond de l’intérieur qui se niche en soi : coucher avec Jean-Paul Sartre, ça fait certes bien. Mais avec Gérard Philipe, ça doit faire vachement plus de bien. Car Simone de Beauvoir n’est pas seulement une femme ; elle est « la » femme. Enfin, l’est devenue, si l’on en suit son propre manuel de développement personnel.

Effectivement, son itinéraire est tout ce qu’il y a de personnel. Les super-héros ont identité secrète et masque de rigueur. La leçon, pas tombée dans l’oreille de Beethoven, lui fut donc parfois bien utile lorsque Super-Résistante animait, en pleine Occupation, une émission à Radio Vichy consacrée au music-hall. Et, à l’instar d’un Jean-Paul Sartre affirmant « avoir résisté de l’intérieur », Simone de Beauvoir assure : « J’ai usé de ma liberté pour méconnaître la réalité du moment que je vivais. » En d’autres termes, elle regardait ailleurs. Pourquoi pas, d’ailleurs. Mais cela ne lui donnait guère, à elle et son lascar, des brevets de vertu résistancialiste pour épurer la République des Lettres, une fois la Libération venue. Enfin, ce que femme veut, comme on dit.

Simone de Beauvoir, donc, ou l’incarnation de l’émancipation. Tellement émancipée qu’en 1943, elle est exclue de l’Éducation nationale pour « incitation de mineur à la débauche » sur l’une de ses élèves. On remarquera qu’en matière de défense de l’ordre moral, le maréchal Pétain avait finalement la main moins lourde qu’une Marlène Schiappa qui, aujourd’hui et pour de semblables délits, l’enverrait probablement aux galères.

Heureusement, la morale est sauve et Simone est à la Pléiade, quatorzième du genre écrivaine contre une horde de 209 écrivains. Au lieu de s’en réjouir, un certain Jean-Yves Mollier, professeur émérite d’histoire contemporaine et féministe de l’espèce lèche-botte, s’indigne en ces termes sur les ondes de France Culture : « Voilà à quoi ce Panthéon extraordinaire de la littérature mondiale qu’est devenue la bibliothèque de la Pléiade a réduit les femmes, c’est-à-dire, plus qu’à la portion congrue, à l’inexistence totale. Ça veut dire que, fondamentalement, pour tous ceux qui ont dirigé cette collection, les femmes n’existent pas en littérature. » 

Ce n’est pas faux. C’est même très vrai. Et c’est un scandale de voir autant de talents en jupon frapper en vain à la porte de cette éminente institution. Que justice leur soit faite, car nous n’avons que trop attendu. En effet, Christine Angot et Enid Blyton, Caroline Fourest et Loana, Catherine Millet et Barbara Cartland, Catherine Millot et Nadine de Rothschild, Judith Butler et Rika Zaraï, Marie Darrieussecq et Maïté ne font pas que lustrer l’argenterie, mais redonnent encore des couleurs aux ors de la littérature.

Tout bien réfléchi, il y a effectivement peut-être un brin de ménage à faire chez Gallimard. Pas en rentrant des courses, avant de servir le pastaga de monsieur et après avoir couché les enfants, évidemment, mais avant tout pour briquer l’ensemble de fond en comble. Au fait, la chute de cet article était juste prétexte à tenter un trait d’esprit. On précise, sachant que les filles (la chose est connue) sont contre l’humour. Surtout certaines.

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