Bioéthique

Site officiel des États généraux de la bioéthique : des questions orientées ?

 

Attendu comme Godot ou l’arlésienne, le site Internet « États généraux de la bioéthique 2018 » a été mis en ligne le 12 février, seulement trois semaines et demie après le lancement officiel des états généraux. Il a déjà recueilli de nombreuses contributions ; c’est son rôle et il faut s’en réjouir. Dans l’ensemble, les avis s’opposent mais restent plutôt policés et la visite de la corbeille où sont présentés les messages écartés montrent que ce n’est pas un grand défouloir. Tant mieux !

Il y a cependant un problème préoccupant. Il est demandé aux participants de statuer sur des propositions exprimées en un paragraphe, en cliquant sur un « d’accord », un « pas d’accord » ou un « mitigé », et de commenter. Les propositions émanant de l’éditeur du site sont mises en avant, et celles des utilisateurs passent après : rien d’anormal à cela.

L’impression générale, mise en évidence dans de nombreux commentaires, est que les questions/propositions du CCNE (Comité consultatif national d’éthique) sont mal rédigées, énoncent des évidences, utilisent des biais ou induisent des ambiguïtés dommageables à la bonne tenue d’un échange, parce que répondre clairement à une question qui ne l’est pas est troublant.

Trois exemples de ce que j’avance, tirés du chapitre « Procréation et société ».

– D’abord, au sous-chapitre « Constat et enjeux » :
« Seuls ou en couple, certains hommes ont, quant à eux, recours à la gestation pour autrui à l’étranger, cette pratique étant interdite en France. »
Ce qui est énoncé est vrai, cela tiendrait même de la litote, tant certains promeuvent agressivement le mode de conception de leur enfant. Dire « je suis d’accord » induit-il de simplement partager un constat factuel ou de promouvoir le principe d’une légalisation de la GPA en France ?

– Tiré du sous-chapitre « Valeurs et principes » :
« L’idée de l’égalité dans l’accès aux techniques de procréation est de ne pas faire de différence dans l’autorisation des techniques de procréation entre certaines personnes sur la base de leur orientation sexuelle ou de leur statut conjugal (en couple ou célibataire). »
Affirmer que l’égalité serait que chacun soit traité de la même manière, quelle que soit sa situation personnelle, peut passer, là encore, pour une litote. Mais cette formulation élude une question préalable et essentielle : cette inégalité n’est-elle pas plus grave, voire carrément dommageable, pour les enfants privés d’une partie de leur filiation en cas d’utilisation de ces techniques par des personnes qui ne seraient pas naturellement fondées à procréer ? Il faut aussi noter qu’ici est gommé l’aspect médical de ces techniques de procréation, et qu’est passé sous silence que ces mêmes techniques peuvent être utilisées autant pour la PMA que pour la GPA.

– Plus loin : « Certains s’interrogent sur le devenir des enfants issus de ces nouvelles techniques de procréation hors cas d’infertilité. D’autres insistent sur l’importance de l’environnement qui entoure ces enfants, quel que soit le modèle parental. »
Là encore, une lecture purement factuelle pourrait conduire à une approbation de cette formulation. Mais utiliser l’expression « quel que soit le modèle parental », n’est-ce pas une façon camouflée de promouvoir une pluralité de modèles ?

Or, il n’y a qu’un seul modèle éthique, éprouvé depuis des siècles. Les autres (familles monoparentales, enfants adoptés par un couple, enfants issus de PMA avec donneur dans un couple homme/femme ou dans un couple femme /femme, etc.) s’imposent durement à l’enfant qui souffrira probablement de l’une ou l’autre des distorsions par rapport au seul modèle qu’il conviendrait de suivre.

Et ce ne sont que trois exemples.

Le « rasoir d’Hanlon » impose d’attribuer plutôt à la bêtise ce qui pourrait relever de la malignité. Mais quand les occurrences candidates au rasoir se meuvent en légions, il y a bien un seuil au-delà duquel l’irénisme d’Hanlon doit cesser. Il faut donc montrer à un pouvoir manipulateur que nous ne sommes pas dupes, et que nous ne nous dérobons pas devant l’obstacle en participant activement au débat.

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