Éducation

Souâd Ayada à la tête du CSP : un changement de cap ?

 

Elle n’était guère connue en dehors des milieux universitaires, au point que Le Monde.fr du 23 novembre a titré « Souad Ayada nommé (sic) à la tête du Conseil supérieur des programmes […] », avant de rectifier et d’accorder « nommé » au féminin. Il faut dire qu’avec cette histoire d’écriture inclusive et d’accords contestés, on ne sait plus à quelle grammaire se vouer. Cette agrégée-docteur de philosophie, qui a enseigné en lycée et en classes préparatoires avant de devenir inspectrice pédagogique régionale, puis inspectrice générale de l’Éducation nationale, va donc remplacer le non regretté Michel Lussault. Est-ce un bon choix ?

Il a fallu deux mois à Jean-Michel Blanquer pour remplacer, conformément à ses prérogatives, le président démissionnaire. Sans doute réfléchissait-il à l’opportunité de prolonger l’existence d’un Conseil, créé en 2013, qui n’a guère brillé par ses productions : qu’on se souvienne de la polémique sur les programmes du collège ! Mais certains membres du CSP commençaient à s’agiter, jusqu’à donner avant le ministre leur avis sur la réforme du baccalauréat, un dossier sensible compte tenu de ses implications multiples. Bien mal venu et déplacé, alors qu’une consultation vient de s’engager. Il fallait vite y mettre de l’ordre.

Mme Souâd Ayada fait précisément partie de la « mission Mathiot », chargée de cette consultation. Son parcours plaide pour elle. Non seulement elle a fait ses preuves en réussissant l’agrégation, dans une des sections les plus sélectives, mais elle a une véritable expérience de l’enseignement et de la recherche. En outre, à l’Inspection générale, ses pairs l’ont choisie comme doyenne, ce qui est une marque de confiance. Il est bon, enfin, que l’Inspection puisse tenir son rôle de gardienne des savoirs et des disciplines, alors que se dessine une réforme du baccalauréat qui influera nécessairement sur le contenu des enseignements au lycée.

Il se trouve également que Souâd Ayada est le pur produit de l’École publique française et un exemple d’intégration réussie. Née au Maroc en 1970, elle est arrivée en France à l’âge de quatre ans et a effectué de brillantes études. Qu’elle soit une femme, d’origine maghrébine, n’est peut-être pas, au-delà de ses mérites reconnus, étranger à sa nomination : c’est la réponse du berger à la bergère, de Jean-Michel Blanquer à ses détracteurs qui lui reprochent d’être un réactionnaire, lui qui rejette l’écriture inclusive et – pire encore ! – ose porter plainte pour diffamation contre un syndicat accusant l’Éducation nationale de « racisme d’État ».

Nul doute que Souâd Ayada ait les compétences nécessaires pour remplacer avantageusement Michel Lussault, qui tournait son moulin à jargon en débitant de vieilles lunes. Les premières réactions à l’annonce de cette nomination laissent présumer que le choix du ministre est pertinent : « S. Ayada va de facto décider de l’avenir d’un conseil qui semble peu acquis aux thèses ministérielles », commente avec tiédeur Le Café pédagogique, qui ne cache pas sa connivence avec les thèses pédagogistes.

« Je souhaite bonne chance à la nouvelle présidente du CSP, Souâd Ayada, et j’espère que le Conseil retrouvera un rôle à sa mesure », a tweeté Michel Lussault, pour une fois beau joueur. Souhaitons que son fonctionnement soit revu pour ne plus servir de caution aux lobbies idéologiques qui agissent en coulisses. Souhaitons, surtout, que la réforme du baccalauréat, dont le CSP étudiera les effets sur les programmes, réponde vraiment à l’objectif de revaloriser cet examen et aux impératifs d’exigence sans lesquels il n’est pas de véritable éducation !

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