Editoriaux - Education - Société - 28 février 2018

Le succès de l’école hors contrat dans le collimateur de Blanquer

Si la proposition de loi du sénateur madame Gatel, qui a reçu les faveurs du ministre Blanquer, arrive à son terme, les créateurs d’écoles hors contrat, mais aussi ceux qui font vivre celles qui existent déjà, auront du souci à se faire : allongement du délai d’opposition à l’ouverture d’une école, contrôle annuel de chaque établissement ou classe font partie des projets de la dame. De 31 créations d’écoles en 2001, on est passé à presque une centaine (96) en 2016. Il est tentant de dire que, pour ne pas voir la fièvre, on casse le thermomètre. Ces écoles entièrement privées, dont les frais sont totalement à la charge des parents – du salaire des enseignants au rouleau de papier toilette en passant par la boîte de craies -, n’existent que parce qu’il y a une demande. Quand on sait les sacrifices financiers et humains que font la plupart des familles qui y inscrivent leurs enfants, pourtant tous éligibles à l’école publique, la première question qui devrait être posée est de savoir pourquoi cette demande est en constante augmentation. Car enfin, nous sommes tous pareils : si on nous propose un service gratuit, il devrait avoir notre préférence. Sauf si ce service est défaillant…

Alors voilà, certains parents, las de devoir passer leurs week-ends à enseigner les techniques opératoires à leurs enfants, épuisés par de longues soirées à reprendre une à une des leçons dont on ne comprend ni le fond ni la forme, écœurés par les récits de jeux de cours de récréation inadaptés, ont pris la décision de se passer du service public d’enseignement et de lui substituer des établissements totalement privés. Et cela déplaît à madame Gatel, à monsieur Blanquer, comme cela irritait monsieur Peillon et madame Belkacem. C’est vrai que nous sommes en démocratie, et que ces gens ne sont pas propriétaires de leurs mandats et charges, ils doivent rendre des comptes. Et en ce qui concerne l’école, le compte n’y est pas.

Alors qu’il est de bon ton de rappeler dans un grand chœur à l’unisson que l’élève est le centre du projet éducatif, il faudrait savoir de quel projet il s’agit. Pour les parents clients du hors contrat, il est très clair : que leur enfant reçoive une instruction primaire complète, les bases d’un savoir commun, sanctionné jusqu’en 1989 par le certificat d’études. L’école, c’est d’abord l’instruction. Une instruction qui, en son temps, était la fierté de la France. Une instruction qui a permis, en 150 ans, de passer d’une société analphabète à une société entièrement instruite. Une instruction sur laquelle était greffé un enseignement moral et civique admis de tous. Alors que les valeurs de la République sont sans cesse invoquées, sans qu’on sache vraiment de quoi il s’agit, ceux qui la servent voudraient qu’on ferme les yeux sur les 30 % d’enfants qu’elle envoie en 6e chaque année sans savoir lire, écrire et compter ? Ceux qui ont décidé d’ouvrir les yeux ne peuvent plus les refermer. L’école hors contrat, c’est la (mauvaise) conscience de l’école publique, sa petite voix intérieure qui l’empêche de se satisfaire de son « peut mieux faire ».

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