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Syrie : le général Mattis mérite le prix Nobel de la paix… pour l’instant

Consultant stratégique
 

Reprenons : en l’espace de quelques semaines, Trump félicite Poutine pour son élection et lui propose une rencontre pour discuter, entre autres, de la fin de la course aux armements. Il annonce, dans la foulée, en meeting, son retrait de la Syrie. Surviennent miraculeusement les affaires de Salisbury (novitchok) et de Damas (attaque chimique), cependant que la justice se saisit de tous les dossiers de l’avocat personnel de Trump, ce qui fait saliver la presse, dont certains espèrent des révélations sur sa participation aux activités criminelles de la mafia russe.

Trump décide donc de bombarder la Syrie dans la nuit du 13 au 14 avril.

La veille du bombardement, le général Mattis révélait ne pas avoir la preuve de l’origine de l’attaque syrienne, et de nombreuses fuites laissaient à penser qu’il avait repoussé les plans néoconservateurs d’escalade avec la Russie. Le soir même d’un bombardement effectué à 4 heures du matin sur des laboratoires militaires quasi vides, Mattis a insisté sur le côté chirurgical d’une frappe géographiquement ciblée en vue de minimiser les risques de pertes civiles ou russes. Mattis ne semblait, d’ailleurs, pas à la fête face à des journalistes étonnamment circonspects et sur leur faim devant son insistance à se cantonner à la thèse de la dégradation des capacités syriennes de fabrication d’armes chimiques. Leur préoccupation : Trump avait-il prévenu les Russes ?

Trump lui-même, onctueux dans sa nouvelle moraline, envoyait ce qui apparaissait comme une supplique aux Russes et aux Iraniens, leur demandant de rejoindre « le monde civilisé ». Il précisait que cette mission – centrée sur les armes chimiques – n’était pas une invasion (mais…), et fut immédiatement corrigé par un Mattis décidément peu guerrier, qui confirmait qu’il s’agissait bien d’une unique attaque.

Côté médias, les commentaires à chaud des libertariens et des populistes ne cachaient pas leur consternation face au demi-tour de Trump, donc à l’effondrement du dernier rempart face à l’État profond, cependant que les idiots utiles conservateurs s’extasiaient, avant d’être tancés par un McCain spectral, réclamant sa livre de chair russe et iranienne. Quant aux journalistes démocrates, ils ne voyaient dans l’opération que de la poudre aux yeux destinée à protéger Trump de ses problèmes politico-judiciaires. Parmi les élus, Bernie Sanders tout comme certains républicains et démocrates dénonçaient une attaque « illégale », car menée sans autorisation du Congrès, du fait que la Syrie n’avait pas menacé les États-Unis.

Samedi matin, le Pentagone a fait le point en conférence de presse. Le scepticisme des journalistes était palpable, et le malheureux général McKenzie autant que la porte-parole Dana White ont eu un mal fou à répondre aux questions directes. Il en est ressorti cependant que le départ d’Assad n’est pas invoqué, que les Russes doivent s’engager à le discipliner et que tout dépendra d’Assad dans le futur. Très loin de Nikki Haley, dont l’arrogance a précisément fait défaut à White et McKenzie, fuyant pratiquement la salle sur la question des preuves sur la culpabilité d’Assad.

Ainsi, tout comme Obama l’avait fait pendant huit ans, Mattis et Trump viennent de céder aux néoconservateurs tout en faisant semblant de faire la guerre. La boîte de Pandore est ouverte… Non, la mission n’est pas encore « accomplie », Monsieur Trump ! Car l’État profond n’y voit qu’un premier acte.

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