Syrie

Syrie : ces vérités oubliées

Designer & architecte d’intérieur
 

« Il n’y a aucun exemple que la vérité ait été nuisible, ni pour le présent ni pour l’avenir » (Denis Diderot).

Il semble difficile, aujourd’hui, de se satisfaire d’une vérité universelle grâce à laquelle nous pourrions enfin espérer que cessent définitivement les continuelles et graves mises en danger des nations et des hommes à travers le monde.

Au-delà des opinions, des sentiments, des impressions et des idéaux que chacun peut avoir sur les événements qui fragilisent notre monde aujourd’hui, il est une vérité indéniable : tout le monde veut avoir raison. Tout le monde se dit être dans le camp du bien et les spécialistes de tous bords nous assènent leur « vérité » à longueur d’onde et d’avis d’experts qui sont, pour la plupart, passionnants. Pourtant, ils sont instruits et renseignés par des sources dont nous ne saurons jamais vraiment si elles sont fiables – désinformation aidant, propre à toute situation de conflit.

Chacun de nous forge sa propre opinion. Certains penchent pour l’Ouest, d’autres pour l’Est, le Nord étant absent – l’aurait-on perdu ? – ou le Sud aujourd’hui de plus en plus présent jusque sur notre sol. Dans ce maelström intercontinental contrôlé par des puissances qui nous échappent sans que nous sachions à quel degré nous sommes manipulés, il y a toujours une grande absente : la vérité.

S’agissant des événements du Proche et du Moyen-Orient, on pourrait se satisfaire de savoir que tous ces troubles produisent leurs effets à des milliers de kilomètres de nos églises. Mais le conflit syrien nous rappelle à la réalité. Né en mars 2011 et entretenu, depuis, à coups de mensonges, notamment sur de prétendues exactions au gaz, nous sommes encore, sur ses causes réelles, très loin de la vérité. Peu importe aux dirigeants occidentaux et arabes que les populations civiles de telle ou telle région soient exterminées par le feu ou le gaz. Le mensonge sert de prétexte, ici, à une guerre énergétique qui se pare d’un habit de vérité humanitaire. La Syrie est située au centre d’un complexe géographique très riche, au croisement de plusieurs gisements d’hydrocarbures. En 2009, Bachar el-Assad dévoilait, en Turquie, sa stratégie appelée « stratégie des quatre mers » (Méditerranée, mer Caspienne, mer Noire et Golfe), faisant de son pays le centre incontournable du monde de l’énergie, passage obligé de l’alimentation de l’Occident depuis le Moyen-Orient. Aujourd’hui, la vérité, dans une cruelle et inhumaine falsification, n’a plus aucune espèce d’importance devant les enjeux économiques et stratégiques nés de cette situation. La vie humaine encore moins. Cruelle vérité, cette fois-ci ! Il faut donc nous contenter de chimères.

À cela, il convient d’ajouter la vérité religieuse qui sert de prétexte à tant de bouleversements dans le monde. Une « géodéstabilisation », aujourd’hui, sur laquelle il est difficile de mettre un nom. Aux enjeux cités plus avant – politiques, économiques, énergétiques et démographiques – qui guident les guerres depuis toujours, il faut aujourd’hui, comme par le passé, ajouter sans hésitation la cause religieuse. Là encore, il existe autant de vérités que de dieux. Rien d’universel.

Aussi, lorsque tous ces ingrédients sont mélangés, la vérité est tellement diluée, cachée, voire oubliée, dans les pages des agendas géostratégiques secrets et des ambitions délétères de certains dirigeants politiques que personne, aujourd’hui, ne peut affirmer la détenir pour venir nous l’expliquer et nous rassurer sur le devenir de ce monde.

Cet article a été lu 3265 fois
Cette statistique n'est pas mise à jour en temps réel