Editoriaux - 19 mai 2018

La vieille dame de 87 ans s’échappe de sa maison de retraite. Et vous savez pourquoi ?

Cela s’est passé à côté de chez moi, jeudi, cette semaine. Une vieille dame de 87 ans, pensionnaire à la maison de retraite de Tournon d’Agenais, a tranquillement quitté son Ehpad en indiquant qu’elle allait chez le dentiste. Mais elle a en fait pris un taxi pour se rendre… chez elle, dans sa maison, dans son village, à 20 kilomètres de là. La directrice de l’établissement a donné l’alerte le soir après avoir cherché sa pensionnaire au cas où elle aurait préféré la chambre d’un voisin à la sienne. Les recherches n’ont pas permis de retrouver l’octogénaire mais ont quand même fourni un précieux indice aux gendarmes : une lettre. Une lettre dans laquelle la vieille dame exprime son désir de finir sa vie chez elle, dans sa maison.

Et qu’ont découvert les gendarmes en arrivant au domicile de la vieille dame, rue de la gare, à Monsempron-Libos ? La vieille dame dormant paisiblement dans son lit. Je vois la scène – que les gendarmes me pardonnent – : les sept nains penchés sur Blanche neige, les yeux écarquillés par cette épiphanie.

Beh oui car la vieille dame dans « son » lit, dans « sa » maison, c’est comme l’oiseau dans son nid, le bébé dans son berceau, l’enfant Jésus dans sa crèche. Et je ne plaisante pas car je crois que nous sommes à une époque tellement étrange qu’il faut convoquer l’autorité des petits oiseaux, des nains des contes et de la théologie la plus basique pour redécouvrir des vérités humaines fondamentales. Comme celle qu’a écrite cette vieille dame. Je veux finir ma vie dans ma maison.

Alors peut-être qu’une autre aurait pu ajouter : avec « les miens ». Et l’on sait que si l’on se retrouve en maison de retraite c’est que, justement, « les miens » ne sont plus là, ou plus disponibles. D’ailleurs, quand son fils a voulu la reconduire dans « sa » maison de retraite, la vieille dame a protesté, refusé – preuve que ce n’était pas un moment d’égarement, cette évasion vers la liberté et le « chez moi » – et il a donc été obligé de l’emmener « chez lui ».

Cela m’a fait repenser à la phrase du président Macron face à Bourdin sur la dépendance : «  On rentre en moyenne à 87 ans dans les Ehpad, on y reste deux ans pendant lesquels parfois la seule famille c’est les personnels soignants. » Et puis j’ai relu Gabrielle Cluzel : « Personnes âgées en danger : et si on investissait dans les familles ? »

Loin de moi l’idée de donner des leçons. Je suis bien plus égoïste que la moyenne. Et pour avoir dans mon enfance connu la coexistence d’une vieille grand-mère avec mes parents, je ne supporterai pas ma mère « chez moi ». Mais là j’avoue avoir éprouvé une vive sympathie pour cette évasion héroïque d’un Ehpad et cette lettre. Cela en dit tellement long.

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